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Rencontre avec Agoria, pilier de la Techno made in France

Par Gaël Lombart - Portrait : Vincent Desailly & DR

Rencontre avec Agoria, pilier de la Techno made in France
Par Gaël Lombart - Portrait : Vincent Desailly & DR

Dans la galerie fourmillante des producteurs électro tricolores, il passe d’abord inaperçu avec son allure normale, presque sans style, sans brillant ni clignotant. Cela dit, Agoria a sûrement les platines plus lourdes qu’un paquet de ses confrères.

Vous prendrez bien un petit Côtes-du-Rhône ? Non ? Non, ce qui semble réchauffer le Lyonnais Agoria en hiver, c’est un verre de Chablis. Un cépage manifestement propice aux confessions, pour un DJ qui a de la bouteille. Bon trêve de jeux de mots faciles. À 37 ans, Sébastien Devaud fait partie de ces rares solistes de la techno française tendance mi-Detroit, mi-baguette, à être parvenus à s’exporter, dans le sillage de Saint-Germain ou de Laurent Garnier. Après de longues années passées à mixer, voilà un artiste qui a décollé au tournant du millénaire avec le morceau « La Onzième Marche », tunnel hypnotique à contre courant de la French Touch, avant d’enchaîner avec quatre albums, dont les très remarqués Blossom (2004) et Impermanence (2011). À raison, le site de référence Resident Advisor dit de l’artiste qu’« il n’a que faire d’être à la mode». Et compte tenu de l’absence de clips et du peu de presse et de salles parisiennes, pas étonnant qu’on puisse avoir le sentiment qu’Agoria est ailleurs. Et dans les faits, ailleurs, il l’est le garçon: à Moscou, Chicago ou encore à Detroit. Dans l’ancien fief de General Motors, ce brun doté d’une éternelle barbe de trois jours fait l’unanimité, de son ami Carl Craig à l’intransigeant label Underground Resistance, pour lequel il est tout simplement le seul Blanc à avoir travaillé. Parallèlement, il s’est employé à réveiller la ville de Lyon sa base de cœur en participant à la création du festival Les Nuits Sonores en 2002. L’artiste a également cofondé le label InFiné en 2006, accompagnant des producteurs comme Rone, Aufgang, Danton Eeprom ou Arandel. Contraint de se désinvestir du projet en 2011, faute de temps, il continue néanmoins à travailler de près avec certains artistes et compose avec eux, à l’instar d’Ilia Koutchoukov plus connu sous l’alias Everydayz. Ce même Ilia qui, la vingtaine conquérante, lui subtilisera son verre en fin d’interview, en même temps que la parole. Et sinon, bonne nouvelle, Agoria prépare activement une nouvelle rondelle. Sortie probable en 2014.

Tu es né en 1976. Par quoi as-tu été bercé pendant ta jeunesse ? Krautrock ou disco-funk ?

Honnêtement, je pense avoir été beaucoup plus bercé par Pierre Boulez. Ma mère était soliste au chœur de l’Opéra de Lyon. Je me souviens très bien de ses concerts et de ses répétitions. J’avais l’impression d’avoir la Callas à la maison. Du côté de mon père, c’était beaucoup plus tribal. C’est un grand mélomane il a une collection de disques impressionnante. Il est autant fan de Magma, de Talking Heads que de musique africaine. Quand j’étais gamin, il pouvait rester des heures à écouter des disques dans le noir. J’ai donc été bercé par plein de musiques différentes. Mais pas de disco funk, bizarrement, et pas de krautrock.

Tes parents t’ont-ils incité à faire de la musique toi-même ?

J’ai fait beaucoup d’éveil musical et de solfège avec ma mère, mais je suis incapable de lire une partition aujourd’hui, à son grand désarroi. Mes parents ont voulu me faire apprendre plein d’instruments, du piano, de la batterie. À chaque fois, j’arrêtais rapidement. Je pense que c’est logique: tu n’as pas envie de faire ce que tes parents font. Et puis un jour, j’ai acheté une platine vinyle, à l’âge de 15 ou 16 ans.

« Je suis l’artiste français le moins French Touch »

Tu as grandi à Valencin, un village de l’Isère. Qu’est-ce qu’il y a à faire quand on est gamin à Valencin ?

Rien, en fait. L’une des radios locales organisait des jeux. J’ai tellement appelé pour gagner que j’ai été interdit d’antenne. Je savais le moment auquel il fallait appeler, donc je composais le numéro trois minutes avant le lancement du jeu. J’ai remporté pas mal de cadeaux comme ça! Pendant mon adolescence, je suis entré dans une sorte de rébellion contre la musique lyrique que j’avais écoutée pendant mes dix premières années. J’ai donc fait chier mes parents à écouter toutes les émissions de dance que je pouvais choper, à fond évidemment. Les voisins se plaignaient sans arrêt. À l’époque, ça devait être le début de l’acid et de la new beat. On diffusait Technotronic, Confetti’s, MARRS, S’Express, Inner City... Le week-end, j’enregistrais les morceaux sur des cassettes, je coupais les pubs et je les vendais aux « bourges » de mon bahut privé. Grâce à ça, je pouvais m’acheter des disques. Mais je ne me destinais pas à être DJ, je voulais juste acheter des disques et je n’avais pas de thunes. Mes potes étaient tous friands de découvertes. Je racontais les premières soirées où je sortais vers 15-16 ans, les premières raves. J’étais un peu le rebelle dans un bahut catho.

De cette période rave, quels sont tes souvenirs les plus vivaces ?

Un truc qui aujourd’hui nous fait rigoler : l’infoline. Nous appelions un numéro de téléphone pour connaître le lieu de la rave. Une vraie chasse au trésor. On nous disait d’aller sur telle autoroute, pour recevoir un petit bout de papier, pour nous amener à un endroit où il n’y aurait peut-être pas de soirée... C’était le début du mouvement donc nous avions l’impression de participer à quelque chose en train de naître. C’était hyper excitant. Nous partions à deux ou trois voitures, pour faire parfois deux ou trois cent kilomètres. Beaucoup de soirées avaient lieu dans le sud de la France, dans la garrigue, les champs ou les friches industrielles. Parfois, il n’y avait pas de passeur parce que les flics étaient arrivés avant. Il y avait des convois de cinq ou six cent voitures sur les autoroutes, les flics dans l’autre sens. C’était fun, j’en garde vraiment un super souvenir. À ce moment-là, nous n’étions pas du tout dans le délire d’écouter tel ou tel DJ. On ne savait pas qui allait jouer. On s’en moquait. Que la soirée ait lieu ou non, il fallait en être. C’est tout.

Tu as commencé à mixer, mais ce n’est pas toi qui as choisi le nom Agoria...

Non, je ne l’ai pas choisi. Avec mes potes, nous créions de petites associations et nous organisions des soirées. Je n’avais pas envie d’être sur le devant de la scène. Je mixais pour moi. Les mecs disaient : « Un jour, il faudra que tu y ailles.» Avant une soirée, ils ont marqué Agoria sur le flyer. Je ne savais pas qui c’était, alors je leur ai demandé et ils m’ont répondu que c’était un mec cool. Le soir même, trois heures avant le set, ils m’ont dit : « Allez coco, va chercher tes disques, c’est toi qui vas jouer. » J’ai dit : « Bande d’enculés ! » Non j’ai dit : « Vous êtes déplorables très chers. » Du coup, je n’ai pas choisi mon nom mais j’ai décidé de le garder. Nous avions fait deux soirées avant qui s’appelaient Agora. Parfois, on n’a pas une grande inspiration ; mes potes ont juste rajouté un « i ». À vingt berges, tu as l’esprit rebelle. L’Agora, ça symbolisait la manifestation, l’expression de nos idées. Mon côté famille, presque militant est venu à ce moment-là. Il ne faut pas oublier que c’était une période de répression sauvage, où toutes les soirées étaient annulées pour des raisons lambda. À l’époque, les autorités disaient que c’était pour la drogue, mais j’ai compris beaucoup plus tard qu’elles flippaient de voir parfois trois mille personnes arriver à un endroit sans aucune norme de sécurité.

Tu parles de militantisme. À ce moment, à Lyon, se joue l’affaire Botton, qui implique le maire, Michel Noir. Elle fait grand bruit sur la scène nationale (Michel Noir a été condamné à dix-huit mois de prison avec sursis pour recel d’abus de biens sociaux ainsi qu’à une peine d’inéligibilité ndlr). Est-ce que ça a éveillé chez toi une conscience militante ?

Elle s’est développée au fil des rencontres, entre 20 et 35 ans. Et je suis de plus en plus politisé. Ce n’est pas le clivage droite-gauche qui m’intéresse, mais plus le côté anticipation, enjeux futurs. Une affaire m’a vraiment marqué. Raymond Barre (le maire de Lyon qui succèdera à Michel Noir ndlr) avait donné l’autorisation pour organiser une rave à la Halle Tony Garnier, qui était alors la plus grande salle ouverte d’Europe. C’est Arachnée qui organisait cette soirée. Le jour J ou la veille, Raymond Barre donna finalement l’autorisation mais que jusqu’à une heure du matin. Ça nous a énervé et on l’a dit à la télé locale. J’ai été marqué par l’influence des lobbies, notamment celui des discothèques. Évidemment, elles voyaient d’un mauvais œil le départ de tous ces jeunes dans des soirées improvisées. C’est d’ailleurs ce qui est un peu en train de se passer à nouveau, depuis un ou deux ans. Quand Gérard Collomb est arrivé à la mairie, il a pris exemple sur des villes florissantes, comme Barcelone ou Berlin, pour attirer les étudiants et avoir une dynamique. Il a pris contact avec l’association Arty Farty, et grâce ou à cause de la répression nous avons créé les Nuits Sonores. Finalement, c’est un mal pour un bien.

Il y a une sorte de rupture dans ta vie. Ce moment où tu as dû faire le choix entre la musique et un poste d’assistant-réalisateur au cinéma. Je crois que la proposition que tu ne pouvais pas refuser, c’était une soirée avec Carl Cox et Richie Hawtin, c’est ça ?

Oui, je devais faire l’ouverture de ma première vraie grande soirée sous le nom Agoria. Il y a avait aussi Scan X et Manu le Malin au programme. Nous étions au milieu des années 1990, il n’y avait que des grosses pointures. Cette soirée a été un calvaire pour moi. Personne n’a dansé pendant mon set. Le club s’appelait le Space, c’était une sorte d’amphithéâtre pouvant accueillir de 1 200 à 1 500 personnes, en pleine banlieue lyonnaise. Autour de la piste de danse, il y avait des espèces d’alcôves. Tout le monde était dans ces alcôves et sur la piste, personne. Quand je dis personne, c’est personne : il n’y a pas un mec qui a osé descendre pendant que je mixais. Je venais justement de refuser de travailler pour le réalisateur James Ivory en Angleterre et je me suis dit pendant tout le set : « Qu’est-ce que je fais comme connerie ? » Richie Hawtin arrive, met un disque et là, mille personnes débarquent sur la piste. Après le set, il m’a dit de ne pas m’inquiéter, que c’était toujours comme ça quand on commençait. En même temps, je n’ai pas dû faire un grand set ce soir-là...

Mais tu n’as pas regretté ton choix au final.

Aujourd’hui, je ne regrette pas. Mais sur le moment... Tous mes potes me disaient que j’étais fou. À l’époque, il fallait toujours expliquer que le DJ n’était pas juste un dealer ou un mec qui a perdu tous ses neurones. La techno n’était pas une musique, c’était une mode, ça allait s’arrêter au bout de deux ans. Je pense que c’est par narcissisme que j’ai opté pour cette voie. Entre être sur scène, jouer devant des gens, voir leur réactions ou être le douzième couteau sur un long métrage à servir des cafés aux acteurs ou faire passer des figurants devant la caméra, le choix était assez vite fait, aussi célèbre que pouvait être le réalisateur.

En composant la bande originale de Go Fast en 2008 (long métrage d’Olivier Van Hoofstadt avec Roschdy Zem ndlr), as-tu eu l’impression de réconcilier deux parties de toi ?

Pas vraiment, en fait. Ce qui me plaisait surtout dans le cinéma et que je n’ai pas pu réaliser de mon côté c’était l’écriture de scénario, inventer une histoire. Je me moquais d’être derrière la caméra ou d’être acteur. Et l’aspect technique, chef opérateur, tout ça, ce n’était pas mon truc.

Aujourd’hui, certains DJs, notamment aux États-Unis, sont devenus de grosses stars. Comment analyses-tu cette tendance ?

On parlait de Richie Hawtin à l’instant. À ce titre, j’ai trouvé hyper louable son initiative de prendre un bus, d’aller dans les collèges américains et d’expliquer ce qu’est la musique électronique. Pendant deux mois, il a sillonné les États-Unis et il a fait des conférences dans les écoles en expliquant le fonctionnement des machines. Les élèves ne savent pas, pour la plupart, qui sont Derrick May, Underground Resistance, Mad Mike, Carl Craig et toute la scène de Detroit. Ils connaissent Skrillex, ils connaissent l’EDM et basta. Quand j’ai commencé, j’ai acheté des disques de trance, du Cosmic Baby, des trucs que je cache profondément dans ma collection! Je comprends très bien que si tu as 18 ans aujourd’hui, tu tombes sur Skrillex, tu aimes. Mais, dans un même temps, les gens plus curieux vont chercher et découvrir que la musique électronique est en grande partie venue de Chicago et Detroit dans les années 1980.

Tu as commencé à composer dans les années 2000. Comment expliques-tu que le détonateur de cette nouvelle carrière, le morceau « La Onzième Marche », soit passé du flop au succès ?

J’ai toujours eu du mal à me l’expliquer moi même. Pourquoi un disque fait quatre cent ventes quand il sort en 2000, et entre vingt et trente mille quand il ressort en 2001? Évidemment, tu as le marketing, la force de frappe d’un major. Mais quand même, il faut sortir le disque au bon moment. Il y a un mélange d’opportunisme, qui consiste à sentir l’esprit du moment, et de stratégie d’équipe. Sur le long terme, je me dis que les mecs qui ont une vraie stratégie et qui font une musique qui leur est propre vont rester dans les mémoires. Carl Craig n’a jamais été une grande star alors que dans notre milieu, c’est une icône. Skrillex est devenu ce qu’il est devenu en huit ou neuf mois. Je pense qu’on se souviendra nettement plus de Carl Craig que de Skrillex. Mais je peux me tromper.

Quand tu sors Blossom en 2004, la French Touch a profondément marqué le paysage et l’electroclash s’est imposé. Toi, tu arrives en portant l’héritage de Detroit, alors que cette scène n’a pas vraiment de représentants dans l’Hexagone, hormis Laurent Garnier. As-tu eu l’impression d’avoir un boulevard ?

Clairement, je pense que je suis l’artiste français le moins étiqueté « French Touch ». Ce qu’on étiquette « French Touch » représente souvent le contraire de tout ce que je peux aimer et défendre... Je pense que la question du réseau joue. Je n’habite pas à Paris. Contrairement à l’Allemagne où il y a de nombreuses scènes, la France reste un pays hyper centralisé. Paris décide un peu de ce qui régit la musique française. Souvent, on m’a dit « Seb, viens habiter à Paris, ça ferait du bien à tout le monde. » Mais je n’ai jamais eu envie de tout sacrifier parce que c’est un métier assez difficile sur le long terme pour la vie sociale. J’ai toujours voulu préserver un certain cocon et ne pas déménager comme certains le font, soit à Berlin, soit à Paris... Je ne sais pas si j’avais un boulevard. Tu ne te rends pas vraiment compte sur le moment. À l’époque, je faisais mon truc. Personne n’avait voulu jouer « La Onzième Marche » à part DJ Hell et Garnier, qui était mon fidèle supporter. Les autres disaient que c’était horrible. The Hacker m’a dit récemment : « Putain, je suis vraiment un bouseux d’être passé à côté de ce morceau. Tu me l’avais envoyé, je n’ai jamais voulu le signer. On peut dire que je n’ai vraiment pas eu de nez.» Quand le label Pias m’a dit qu’ils voulaient ressortir le morceau, pensant qu’il y avait du potentiel, je m’y suis opposé. J’avais déjà vécu un camouflet, tout le monde m’avait dit que c’était de la merde, parce que ce n’était pas la tendance. Au final, Pias a eu raison. Mais je n’ai pas vraiment vu ça comme un boulevard. C’est plus difficile quand tu te situes à l’écart de la tendance.

« Personne n’avait voulu jouer La Onzième Marche à part DJ Hell et Garnier. Les autres disaient que c’était horrible »

Tu as travaillé avec Tricky, Peter Murphy de Bauhaus, le label Underground Resistance... Des affinités avec des gens flippants... (Rires.)

On est toujours un peu attiré par ce que l’on n’est pas. Je suis plutôt relax, cool, la tête dans les étoiles et les pieds sur terre, alors que ces mecs-là ont une attitude hyper punk. En fait, moi, je veux faire bouger les choses de l’intérieur. On n’aurait jamais fait les Nuits Sonores si l’on n’avait pas essayé de séduire le pouvoir politique. On n’aurait peut-être aucun festival à Lyon, ce serait une ville morte alors qu’aujourd’hui, il y a des soirées tous les week-ends, plein de nouveaux artistes hyper intéressants... C’est le travail du DJ de séduire les gens que l’on a en face de soi. Alors que Tricky, je me souviens était très flippé en studio. Après avoir écrit ses textes, il m’a demandé si ça allait, si c’était assez masculin. Il avait peur que ses textes soient trop féminins. C’était une belle rencontre, mais on n’a rien à voir humainement.

Tu as également travaillé avec ta maman pour le morceau « Altre Voci »...

Elle est folle en fait. Un jour, elle a frappé chez moi à deux heures du matin. Elle m’a dit: « Ça va ? Je viens de danser dans un bar à côté, je voulais voir si tu étais là. Tu es réveillé, c’est cool, tu fais quoi ? » Je bossais sur la musique de Go Fast. Elle m’a dit : « Attends, je vais poser ma voix » Je l’ai enregistrée et une demi-heure plus tard, elle était repartie.

En 2011, tu as quitté le label InFiné, après avoir sorti l’album Impermanence. Pourquoi ?

Pour plein de raisons. C’était devenu trop lourd de tout gérer ensemble, moi à Lyon, le reste de l’équipe à Paris. Et puis, il y avait un vrai problème de temps. Comme c’est très rare que je sois chez moi, c’est difficile de défendre les artistes, de savoir où ils en sont. Soit je continuais ma carrière personnelle, soit je l’arrêtais. Mais ça a été très difficile pour moi, parce que quand tu crées quelque chose, ce n’est pas évident de le voir évoluer sans toi. Je suis encore très proche des artistes. J’ai Erwan Rone très souvent au téléphone.

Tu continues à pousser de jeunes artistes...

C’est ça le paradoxe, justement. J’ai arrêté InFiné, mais dès que j’entends quelque chose que j’adore, j’ai toujours envie de le faire partager. On est souvent contactés pour avoir des avis, pour des festivals, pour des labels. J’ai rencontré Ilia via le label DawnRecords. J’ai trouvé ça fantastique. Et c’est vrai aussi pour Paradis, pour Villanova, qui sont des gens que je suis. Je leur fais rencontrer d’autres personnes qui m’entourent. J’estime que si on ne veut pas qu’une musique que l’on n’aime pas occupe le devant de la scène, il faut aider ces jeunes.

Ilia, on te connaît sous le nom d’Everydayz. Tu travailles avec Agoria mais ton style est éloigné du sien.

Ilia : Oui, je compose plutôt des morceaux hip hop, downtempo, dans un style proche de ce qui sort sur Warp, comme Flying Lotus. Pour être honnête, j’ai très peu écouté de musique club, même si je m’imprègne de ce que j’entends à droite, à gauche, parce que je sors vraiment beaucoup. D’Agoria, j’avais écouté la « La Onzième Marche », le morceau avait pas mal tourné. Actuellement, je tourne avec Nemir, l’une des têtes montantes du rap français. Nous avons commencé à travailler ensemble très tôt, car nous venons du même HLM.

Agoria : C’est ça que je trouve génial. Nous venons de deux univers très différents. Souvent les morceaux que nous créons ensemble, Ilia les commence et je les finis. C’est un nouvel exercice.

I: Nous nous envoyons des fichiers. Nous avons surtout travaillé sur des remixes. Je reçois les pistes, je commence à faire une base que j’envoie à Seb et que l’on retravaille jusqu’à ce que le morceau tienne debout.

A: Nous avons fait des remixes pour Fritz Kalkbrenner, Michael Meyer, Tricky et Art Department.

I : Au début, nous collaborions sur un morceau, puis sur deux, sur trois...

A: Nous aimerions trouver quatre ou cinq jours pour faire notre propre single. C’est difficile de se réinventer en musique électronique et là j’ai trouvé un nouveau moteur.

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Par Gaël Lombart

Photos : Vincent Desailly & DR