Di(ck)plo

Photographies et propos recueillis par Loïc H. Rechi

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Photographies et propos recueillis par Loïc H. Rechi

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De M.I.A. à Madonna en passant par Lorde, Sia, ou encore Taylor Swift (mais pas pour les mêmes raisons), le producteur Diplo doit une grande partie de sa renommée internationale à des artistes féminines qui n’ont cessé de contribuer à l’accroissement de son succès. Aujourd’hui à son firmament, on en a profité pour revenir sur le rapport tumultueux qu’il entretient avec l’autre sexe.

Fin avril, Diplo et ses comparses de Major Lazer secouaient les deux mille âmes venues s’encanailler à moindre frais à la soirée anniversaire des cinq ans de Snatch Magazine. Quelques heures plus tôt, on avait retrouvé le lascar floridien et sa clique dans la suite d’un hôtel parisien. Considéré comme un artiste parmi les plus sexistes qui soient, pas franchement à tort compte tenu de certaines de ses saillies, on s’est dit qu’on allait jouer dans sa zone de confort. Lorsqu’on lui a dit qu’on parlerait uniquement de femmes, la réponse du redneck a fusé : « Y a rien que je ne connaisse mieux dans la vie. »

À votre avis, pourquoi n’y a-t-il presque jamais de filles dans les différents tops des DJ stars de l’EDM ?

Certaines sont pourtant vraiment douées, à l’image de l’Australienne Nina Las Vegas que nous invitons toujours à nos concerts là-bas. Il y a aussi Maya Jane Coles qui est britannique et fait de la progressive house. C’est elle qui a fait le sample que Nicki Minaj a utilisé pour « Truffle Butter ». Il y a encore Nina Kraviz, qui vient de Russie, ou Annie Mac. Aux États-Unis, il y a eu K-Swift, qui était une des DJ les plus influentes sur la scène Baltimore / Philadelphie. Aujourd’hui, à Philadelphie, il y a encore DJ Diamond KutsMais aucune d’elles ne sont vraiment très connues car, honnêtement, tel que je le vois, trop peu de femmes ont l’initiative de devenir DJ. Elles deviennent plutôt chanteuses, c’est comme ça que les rôles se sont répartis. Beaucoup de femmes chantent, comme beaucoup d’hommes sont DJ.

Entre l’époque où vous jouiez dans des petits clubs de Daytona en Floride, et aujourd’hui, est-ce que c’est devenu plus facile avec les filles ou est-ce que le statut de petit DJ faisait déjà son effet ?

À mes débuts, quand j’étais DJ à Daytona, je n’ai jamais couché avec la moindre meuf grâce à ça. D’ailleurs, la Floride en général, pfffui… Ce n’est pas évident. Les filles de Floride vont en clubs en tongs. Donc voilà qui te donne une idée de ce avec quoi il faut composer là-bas. Il y a évidemment des belles filles aussi, mais pour tout t’avouer, ma première meuf en Floride est devenue fermière. Après, il y a Miami qui est un peu à part. D’ailleurs, pour les meufs, les meilleurs endroits sur Terre, c’est Vegas, Londres et Miami.

Ok, c’est donc pour ça que vous avez une résidence à Las Vegas ?

Non. Enfin, pas que pour les filles, mais c’est clairement un plus. Las Vegas c’est super, parce que c’est une destination très touristique. Donc, à chaque fois que tu fais un concert, il y a des fans différents. Tu ne peux jamais épuiser le vivier à Vegas.

D’accord. Revenons à la question initiale. Est-ce que c’est plus facile de choper des filles aujourd’hui qu’à l’époque de vos débuts ?

Aujourd’hui, je suis blasé. Les meufs, c’est juste une perte de temps. C’est fou. Je veux bosser, faire de la musique et m’occuper de mes deux gosses ; gosses qui, pour une raison qui m’échappe, m’ont rendu plus attractif auprès des filles. D’ailleurs, ce serait définitivement un conseil que j’ai à donner : si vous voulez pécho plus de meufs, baladez-vous avec un bébé !

« Quasiment toutes les meufs avec lesquelles j’ai bossé, à un moment ou l’autre, il y a eu une tension sexuelle. Même Madonna. »

Plus sérieusement, s’il fallait en revenir à vos débuts et citer une femme qui a vraiment compté dans votre carrière, difficile de ne pas penser à M.I.A. avec laquelle vous avez vécu et travaillé à partir de 2005.

Je suis 100% d’accord. Elle m’a donné une vie. À l’époque, en 2005, M.I.A. était ma meuf. On vivait ensemble, on a appris à faire de la musique ensemble, je l’aimais à mort. On a fait beaucoup de choses par accident, mais ça a toujours plu aux gens parce qu’on avait une confiance mutuelle qui servait de moteur. Je vais être honnête, quasiment toutes les meufs avec lesquelles j’ai bossé, à un moment ou l’autre, il y a eu une tension sexuelle, dans le bon ou le mauvais sens. Même avec Madonna. Quand la relation est là, quand on crée avec quelqu’un, on est attiré par l’autre. On se sert précisément de cette incroyable vibe pour créer de la musique.

La tension sexuelle comme moteur artistique en définitive.

Absolument. Une fois qu’on a consommé physiquement la relation, ça nique tout, c’est terrible, on ne peut plus jamais bosser ensemble. Bon, il y a quelques exemples contradictoires. Avec M.I.A. on a eu quatre rounds différents. On avait déjà cassé quand on a fait son album KALA. Et on se détestait. Genre « Paper Planes », c’était au moins un troisième round. En fait, on finit par se redécouvrir. Mais dans ces cas-là, c’est bizarre. C’est bizarre de connaître une fille comme ça depuis quinze ans.

Ce n’est jamais qu’un mécanisme de relation classique. On ne supporte plus la personne, on l’oublie, et puis quand on réalise qu’on n’est plus liée avec et qu’on la revoit, on est tenté remettre une pièce dans la machine.

C’est ça. À un moment tu reviens, vous savez que vous vous connaissez, mais en même temps, il y a des choses nouvelles à découvrir et redécouvrir. Mais je ne crois pas que j’aurais envie d’une fille avec laquelle la relation grandisse en même temps que ma musique. J’aime l’idée de rester quelqu’un de très indépendant. J’ai des enfants et je veux leur consacrer tout mon temps libre. Je n’ai pas envie de donner de mon temps aux filles. Je deviens égoïste pour mes enfants, car le reste de mon temps est consacré à faire de la musique, des interviews, des concerts, etc.

Ce qui nous amène naturellement à la question suivante. C’est difficile de maintenir une relation quand on passe sa vie à voyager ?

J’ai fait une année avec une fille récemment, nous avons tout essayé mais c’était difficile à cause de mes enfants. Et, j’ai choisi mes enfants.

« Quand je serai plus vieux, quand mes enfants auront dix ou onze ans, alors je développerai notre relation et je leur apprendrai la vie. Mais là, je n’ai pas envie de leur torcher le derrière. »

À cause des enfants et pas de la musique ?

Nous travaillions dans la musique tous les deux. Mais en vieillissant, je pense que je vais passer moins de temps sur la route car mes gosses vont avoir de plus en plus besoin de moi. Là, ils ont un et six ans. Ce n’est pas de moi dont ils ont besoin mais d’argent pour leur acheter de la nourriture, aller à l’école, être habillé correctement ; de téter le sein ; et avoir le cul propre. Ça craint, ce n’est pas sexy ce que je raconte, mais mon temps est mieux utilisé à engranger du fric. Comme ça je peux payer pour mes enfants. Quand je serai plus vieux, quand ils auront dix ou onze ans, alors je développerai notre relation et je leur apprendrai la vie. Mais là, je n’ai pas envie de leur torcher le derrière. Je l’ai fait plein de fois, je sais ce que c’est, je le ferais si c’était vraiment nécessaire, mais je préfère avoir quelqu’un qui le fasse à ma place.

Après vos débuts en Floride et les premiers succès à Philadelphia, vous êtes parti à Los Angeles. C’est évidemment un endroit-clé dans l’industrie musicale américaine. Mais pour en revenir aux filles, les Californiennes sont-elles très différentes des Floridiennes ?

Je n’ai jamais baisé la moindre fille à Los Angeles. J’ai déménagé, j’ai vécu des choses là-bas. Les filles sont magnifiques mais si tu es là-bas pour bosser et faire de la musique, se mettre en couple avec une fille serait une grosse connerie. Elles s’attachent à toi, etc. Par ailleurs, mes enfants vivent à L.A., donc clairement, il n’y a rien pour moi dans cette ville sur le plan des meufs. Mais la vraie différence, ce sont les influences. La côte Ouest a vraiment une culture basée sur des influences asiatiques et mexicaines. L.A. a aussi des touches russes et arméniennes. La côte Est c’est une culture européenne. Mais culturellement, Miami est la meilleure ville pour Major Lazer, et je pense que pour les femmes aussi. Les gens qui grandissent en Floride connaissent la dance music, et pour avoir vécu ma jeunesse dans le sud de l’état, je peux vous dire que c’est le lieu avec le plus de diversité culturelle où je suis allé dans ma vie. J’ai fait le tour du monde et je n’ai jamais vu un endroit aussi bizarre. Tu n’as pas un ami qui se ressemble. Tout le monde est différent, d’une maison à l’autre. La Floride, ça défonce.

Et revenons à cette histoire avec Madonna…

Ah, tu veux savoir s’il y a eu des tensions sexuelles avec Madonna ?

Ouais, je ne sais pas, est-ce qu’elle a essayé de vous embrasser comme elle l’a fait avec Drake par exemple ?

Ça m’a fait mal au cœur pour elle cette histoire. Elle est parfois sexy dans ses performances, et je pense qu’avec Drake, elle a voulu faire quelque chose de sexy et que c’était improvisé. Après, ce qu’il a dit, genre qu’il avait détesté parce qu’elle était très maquillée ou je ne sais pas quoi, ça m’a fait me sentir mal pour elle, et elle l’a mal vécu aussi. Elle travaille tellement dur. Elle a toujours été une femme à la fois sexy, géniale et révolutionnaire. Ces trente dernières années, elle a traversé la jungle et tous les putains de genres de musique. Elle a influencé le monde entier. Pour toujours. Elle a vendu 300 millions de disques. Je ne suis pas en train de faire sa pub, elle le fait très bien sans moi. Mais parfois, je me dis qu’elle devrait faire sa promo avec des trucs plus classes. Mais en même temps, si elle faisait ça, personne ne ferait attention à elle… C’est très bizarre. Finalement, les gens ne font attention à elle que lorsqu’elle fait des trucs barrés. Maintenant, c’est le cul Kim Kardashian que les jeunes veulent voir. Ils ne sont plus excités par les mêmes trucs. Mais sur Internet, ce qui fait vraiment du clic aujourd’hui, ce sont les clashs en ligne entre stars. Tu vois, j’ai eu ce clash avec Taylor Swift et Lorde [Diplo avait lancé un kickstarter via Twitter pour « acheter un cul à Taylor Swift », ce qui lui avait valu des attaques de toutes parts des fans et une pique de la chanteuse Lorde sur la taille de son pénis, ndlr]. C’était très con, c’était presque une private joke. Or, cette semaine-là, cinq super disques sont sortis. Eh bien, 90% des titres des journaux portaient sur le fait que je m’étais clashé avec Taylor Swift. Même les journalistes musicaux ont couvert ce clash débile. Les gens se foutent de la musique maintenant. C’est naze.

Bon, revenons au studio de Madonna. Alors, il s’est passé quoi ?

En fait, au début, Madonna est venue dans mon studio car ses enfants étaient fans de moi. Ils sont vraiment cools. Évidemment, elle savait qui j’étais, et elle savait que ça marchait pas mal pour moi, mais elle peut avoir tous les producteurs qu’elle souhaite. Elle paye bien, sa musique aura toujours du succès.

Mais elle est comment en privé, quand elle ne fait pas tout son cirque ?

Elle est putain de trop marrante, elle se fout de tout. Elle me laisse travailler sur ce que je veux. Et une fois terminé, au moment de la production finale, là, elle se montre très méticuleuse. Elle a cette voix très forte que j’aime beaucoup. Donc, lorsqu’on travaillait ensemble, il y avait toujours une atmosphère spéciale et un peu sexuelle, une atmosphère de travail entre un homme et une femme quoi. C’était fun, c’était cool, elle est toujours sexuelle, c’est Madonna quoi, la femme qui a passé trente ans à apprendre à tout le monde comment être sexy.

« J’ai passé deux semaines à écrire de la musique pour Rihanna, j’ai fait de mon mieux, mais c’était dur, on m’a traité comme un stagiaire. »

Vous pensez que c’est une bonne chose pour vous et Major Lazer d’avoir ce genre de connections ?

Franchement, on s’en fout. Quand j’ai passé deux semaines à écrire de la musique pour Rihanna, j’ai fait de mon mieux, mais c’était dur, on m’a traité comme un stagiaire. Eh bien, maintenant, avec « Lean On », on a une chanson qui est meilleure que n’importe laquelle des chansons de Rihanna. J’ai beaucoup de respect pour elle mais désormais, les grosses chansons, je les fais avec ma team, pour nous. Nous avons une histoire commune et nous avons appris ensemble. Je n’ai pas besoin de sortir avec qui que ce soit pour ça. Quand je sortais avec Katy Perry, ce n’était pas pour être dans les journaux. Mais les médias récupèrent ces moment-là et en font des caisses. Katy et Madonna sont des personnes géniales, et même quand on ne fera plus de musique ensemble, on sera toujours super potes. Madonna c’est comme avec M.I.A. à l’époque, ou avec Sia plus tard. Elle prend soin de moi, elle a emmené mon fils à l’école. Elle a fait de vraies choses pour moi. Quoi qu’elle me demande, je le ferai pour elle. Je crois en la musique et je veux l’aider. Elle est mon amie. Ça craint ce truc de Drake, il la connaît, il lui a demandé de venir sur scène. Quoi qu’il soit arrivé, je suis sûr qu’embrasser Madonna n’est pas si dégueu. J’embrasse bien ma grand-mère pour le jour de l’an ! C’est comme l’histoire de la grimace de Beyoncé pendant le superbowl, les gens n’ont retenu qu’un infime moment et ça fait tout un foin. Le soir du truc avec Drake, Madonna a fait une superbe sa performance.

Et toute l’embrouille avec Taylor Swift alors ? Gawker vous met la misère régulièrement sur vos débordements sexistes. Ils vous qualifient régulièrement de « dick » [« bite » en anglais, mais en français, l’organe plus qualifié pour traduire l’idée serait plutôt « trouduc », ndlr], etc. Ça vous fait vous sentir mal ?

Je me sens mal que des gens puissent penser que j’ai une petite bite. Mais j’ai confiance en ma queue, et j’ai déjà couché avec des personnes géniales qui l’ont aimée alors ça va, c’est ok pour moi. Bon, j’aurais pu faire leaker une photo de ma bite et gagner cette bataille… Mais le truc avec Taylor Swift, c’est que dès que tu envoies paître un de ses followers, tu en as vingt nouveaux qui rappliquent. C’est comme une hydre. J’ai fini par bloquer des gens. Au final, dans cette histoire, Taylor est venue me voir après les Grammy, elle était super bourrée, sympa et cool, elle n’en avait plus rien à foutre. Mais cette histoire a un peu flingué ma relation avec Lorde. Elle a été manipulée par d’autres filles, parce qu’elle est encore très jeune. Je ne dirais jamais de mal d’elle sur Internet parce que ça l’affecterait vraiment. Gawker peut continuer à dire que je suis une « dick », je trouve ça drôle, je n’en ai rien à foutre, je vais continuer à faire de la musique. J’ai confiance en moi et en ce qu’on fait avec Major Lazer. L’important, c’est de faire de la bonne musique et de se marrer. 

Photographies et propos recueillis par Loïc H. Rechi