Entretien avec Francis Lalanne, le dernier romantique

Par Loïc H. Rechi - Photos : Vincent Desailly

Entretien avec Francis Lalanne, le dernier romantique
Par Loïc H. Rechi - Photos : Vincent Desailly

Dans la vie, il y a deux catégories de gens. Ceux qui voient en Francis Lalanne un génie ultime, et ceux qui le prennent pour un mec un peu taré. La réalité se situe probablement entre les deux, à ceci près que le barde le plus célèbre de France est un travailleur insatiable, chanteur, acteur, poète ou encore danseur et réalisateur, avec un paquet d’histoires à raconter. Certaines à mourir de rire et d’autres un peu moins joyeuses. 

Francis Lalanne - Photo par Vincent Desailly

Francis Lalanne - Photo par Vincent Desailly

« Je pense avec mon cœur, c’est comme ça. C’est Francis. »

55 ans, Francis Lalanne pète encore sacrément la forme. Pièces de théâtre, concerts, spectacles de danse, ce grand bonhomme paraît tout bonnement increvable et monte sur scène en moyenne cent cinquante fois par an. Aussi, aux yeux de la jeune génération, celle qui n’a pas connu le Francis superstar de la chanson dans les années 1980, ce drôle de gonze traîne l’image d’un doux-dingue, un type qui parle de lui à la troisième personne, un zigoto susceptible de se fendre des saillies les plus improbables, un artiste capable de faire des concerts de six ou sept heures, un mec à la vie suffisamment trépidante pour rendre maboules la demi-douzaine d’équipes de Canal+ qui avaient entrepris de le suivre pendant soixante jours et soixante nuits au début des années 2000.

Pourtant, derrière le personnage fantasque, indissociable de sa paire de cuissardes et de son catogan, se dissimule un être à fleur de peau. C’est enfoncer des portes ouvertes à ce niveau-là, un hippie des temps modernes qui charrie son lot de traumatismes, loin de l’insouciance qu’on lui connaît quand il assure son rôle de barde de l’équipe de France ou d’amuseur de service sur les plateaux télé. Francis Lalanne est aussi un mec qui ne se laisse pas marcher dessus, un sanguin qui a « emplâtré » quelques détracteurs pour reprendre un terme qu’il affectionne, un écolo qui a un jour opposé une fin de non-recevoir à l'écolo Cohn-Bendit et un amoureux des bons mots qui a probablement vendu plus de recueils de poésie que n’importe quel autre de ses contemporains français.

En fait, Francis Lalanne est un mec qui aime bien en rajouter quand il raconte des histoires, mais il n’empêche que l’on a dû mal à lui en vouloir. Parce qu’en plus d’avoir des milliers de récits plus incroyables les uns que les autres, personne ne pourra lui enlever qu’aussi perché soit-il est-ce bien étonnant pour un type qui est né dans un avion ? voilà un gars qui porte haut ses idées et a des convictions. 

On vous présente comme un touche à tout : vous êtes musicien, poète, acteur... On a souvent dit aussi que vous êtes un homme libre, à fleur de peau, écorché vif, engagé. Est-ce que vous vous retrouvez dans cette définition ?

Toute forme de regard sur quelque chose correspond à une vérité. Il n’y a pas de vérité universelle mais il y a des vérités. Je dirais que ces vérités et ces regards que les gens portent sur moi ne me regardent pas. En revanche, ce dont je suis fier, c’est que je ne suis pas un produit de la notoriété. Lorsqu’une chaîne de télévision fait appel à moi, ce n’est pas moi qui ai besoin d’elle, c’est elle qui a besoin de moi. Francis Lalanne a généré sa propre relation avec les gens, sur les routes, sans avoir été « créé » par l’univers médiatique. Voilà que je parle à la troisième personne, tiens. Pendant quinze ans, j’ai fait au minimum trois cents concerts par an. Ayant acquis ma notoriété par moi-même, au cœur à cœur avec les gens, en les rencontrant en direct, je suis finalement devenu un personnage intéressant pour le monde médiatique. Mais c’est lui qui a eu besoin de moi et pas l’inverse. Je peux lui échapper quand je veux, y aller quand je veux et en sortir quand je veux. Ma vie d’artiste ne dépend pas de ma médiatisation parce que je ne suis pas un produit de la notoriété. Et c’est ce qui fait la particularité de ma relation avec le public : elle est basée sur l’humain et pas sur le médiatique. Elle est basée sur l’être et pas sur le paraître.

Vous êtes arrivé sur la scène au début des années 1980 et avez rencontré un succès immédiat, assez énorme. Vous aviez un public de fans « hardcore »…

Je l’ai toujours.

Francis Lalanne - Crédit photo : DR

Francis Lalanne - Crédit photo : DR

… assez rapidement, la teneur de vos chansons très fleur bleue, beaucoup dans les sentiments a eu pour effet d’agacer des gens. Comment vous êtes-vous positionné par rapport à cela ?

J’ai 55 ans, j’en avais 20 alors. Cela fait donc trente-cinq ans que mon public m’accompagne dans toutes mes aventures artistiques parce que je suis un artiste pluridisciplinaire. Je suis peintre, sculpteur, poète, écrivain, chanteur, réalisateur. J’ai également des activités dans le monde de l’industrie: j’ai monté une entreprise qui fabrique des figurines [Starlux, ndlr]. Dernièrement j’ai découvert la danse par le biais de l’émission Danse avec les stars et depuis je m’exprime aussi sur ce terrain. Aussi, me dire que je suis fleur bleue, c’est extraordinaire. Mon premier album avait huit chansons. L’une d’entre elles, Marteau-piqueur, racontait l’histoire d’un gars qui meurt d’overdose. Une autre, J’ai de la boue au fond du cœur, racontait l’histoire d’un gars qui a envie de crever parce que sa nana est partie. Une autre encore, Papa a giflé maman, raconte l’histoire d’un môme qui se suicide parce que son père a giflé sa mère... Elles sont où les chansons « fleur bleue » ? On a toujours essayé de me compresser, de faire de Francis Lalanne une espèce de César, parce que Francis Lalanne échappe à la contrainte. Je ne peux pas me mettre à entrer en conflit avec ça.

« Lorsqu’une chaîne de télévision fait appel à moi, ce n’est pas moi qui ai besoin d’elle, c’est elle qui a besoin de moi. » 

Après ce succès des années 1980, il y a eu une traversée du désert…

Aucune !

Enfin, quand je parle de traversée du désert, c’est en termes de production de disques. Il y un gros blanc dans votre répertoire, à cause d’une embrouille avec votre maison de disque qui a duré presque dix ans. Que s’est-il passé ?

D’abord, il faut que je vous raconte comment je suis arrivé à être connu du public. J’avais 20 ans, j’étais étudiant à La Sorbonne. Je passais ma licence de Lettres et, en même temps, j’enregistrais un album. La maison de disques, Phonogram, l'a écouté, l’a trouvé à chier, et a décidé de ne pas le sortir. Moi, j’avais promis à mon père, qui était à l’hôpital, que j’allais bientôt passer à la radio. Lui pensait que j’étais malheureux à La Sorbonne, parce que je n’étais plus artiste. Moi, je voulais lui prouver que j’étais toujours artiste. Mais problème : mon disque ne sortait pas. Du coup, j’ai volé ce que l’on appelait à l’époque un flan, les masters. Je me suis débrouillé ensuite pour débarquer à France Inter et trouver le bureau de Jean-Louis Foulquier [animateur mythique de la radio, fondateur des Francofolies de La Rochelle et aujourd’hui décédé, ndlr].

Le bureau était fermé mais il y avait un interstice sous la porte. J’y ai glissé le flan. Le soir, Jean-Louis est entré dans son bureau, a ouvert la porte, a glissé sur mon disque, est tombé et s’est fait mal au front. Il a regardé sur quoi il avait glissé et a vu le flan. Il a écouté le disque mais seules trois chansons n’étaient pas rayées: J’ai de la boue au fond du cœur, La Maison du Bonheur et Marteau-piqueur. Il les a passées sur son antenne et a eu des dizaines de milliers, puis des centaines de milliers de lettres demandant où l’on pouvait se procurer le disque. J’avais écrit Francis Lalanne mais lui avait lu « François Lalanne ». Il a alors lancé un appel à la radio: «François Lalanne, qui que tu sois, il faut que tu viennes parce que tout le monde veut ton disque mais personne ne sait où le trouver...» Jean-Louis s’est ensuite mis à faire des cassettes pour les autres radios parce qu’on lui réclamait mes chansons. Un jour, je suis allé faire une interview avec lui. La folie furieuse. Les disquaires commençaient à demander à mettre en place mon disque. Ils ont fait une manif et sont montés dans le bureau du PDG de la maison de disques en réclamant mon album. En face, les types ne voulaient rien entendre. Jusqu’au jour où Alain Lévy, qui dirigeait le label CBS à l’époque, a appelé Jacques Caillard de chez Phonogram pour lui dire : « Il paraît qu’il y a un gars qui s’appelle Francis Lalanne chez vous? Si vous ne voulez pas le sortir, moi je le sors. » Là, Jacques Caillard, le PDG, a appelé son DG (dont je ne dirais pas le nom parce que c’est celui qui ne voulait pas sortir mon disque) et il lui a demandé : «On a un gars chez nous qui s’appelle Francis Lalanne ? » Il a répondu : « Oui, mais c’est de la merde, on ne le sortira pas. » Jacques Caillard lui a alors balancé : « Mais ça passe sur toutes les radios ! » Et ils ont fini par sortir mon disque. Trois mois plus tard, j’étais Grand Prix des disquaires de France et dans l’année, j’ai fait 385 concerts et vendu un million d’albums. Voilà mes débuts de carrière.

J’ai commencé à tourner; je n’ai jamais fait moins de trois cents concerts par an, pendant quinze ans. Jusqu’au jour où mon agent de l’époque, celui qui a fait ma carrière, Richard Hubert, a décidé d’arrêter le métier. J’étais l’un des premiers artistes français à faire de la production dite « alternative », c’est-à-dire à m’autoproduire. Lorsque Richard a arrêté le métier au décès de sa maman, je me suis retrouvé sans ma moitié. Il m’a proposé de signer dans une maison de disques. Et j’ai signé le contrat de Faust avec le diable. En 1992, j’ai sorti un album qui s’appelle Tendresse qui s’est vendu à un million d’exemplaires. La chanson phare à l’époque était Reste avec moi. À ce moment, j’ai rencontré mes potes du groupe Jamiroquai. Je suis devenu très ami avec Derrick McKenzie, le batteur. On a commencé à élaborer un projet artistique. Je suis allé voir la maison de disques, pour en parler. Et on m’a rembarré. Je pensais que c’était une blague. Mais dans mon contrat, il était écrit que c’était eux qui choisissaient la moitié des titres. Ils ont donc mis un véto à mon choix. A alors commencé un procès qui a duré onze ans. Que j’ai gagné. Mais trop tard.

Francis Lalanne - Crédit photo : DR

Francis Lalanne - Crédit photo : DR

En 2003, vous revenez sous la houlette de Yann-Philippe Blanc qui vous propose de signer chez Warner parce qu’il sent qu’il y a un truc à faire. Il vous accorde une confiance absolue...

Je suis chez moi, en train d’écrire des poèmes. Le téléphone sonne. « Bonjour, est-ce que vous êtes Francis Lalanne ? Je suis Yann-Philippe Blanc, PDG de Warner.» Je pensais que c’était un gag radiophonique, comme Lafesse et compagnie. J’avais renoncé à la chanson. J’avais deux nominations aux Molières pour L’affrontement de Jean Piat. Ma carrière au théâtre commençait à se pérenniser. Et là, le téléphone sonne et le gars me parle de ce truc que j’ai enfoui au fond de moi. Il me dit : «Écoutez, j’aimerais vous voir parce que j’aimerais vous signer chez Warner.» Je lui dis : «Pardon ?» «Faites-moi l’amitié de venir, je vais vous expliquer». « Écoutez monsieur, c’est fini, je ne suis plus chanteur.» «Si ! Vous êtes chanteur, vous ne savez pas que vous êtes chanteur». «Je vous remercie beaucoup, si ce n’est pas une blague, si c’est vraiment vous, je préfère rester comme je suis, ça marche très bien pour moi le théâtre, etc.» Et il rebondit: «Vous voulez savoir si ce n’est pas une blague?» Je lui réponds que oui. « Alors venez chez Warner et demandez Yann-Philippe Blanc, comme ça vous en aurez le cœur net. » J’y vais mais je pense que c’est un piège, que c’est une caméra cachée. J’arrive à l’accueil et je dis que j’ai rendez-vous avec Yann-Philippe Blanc. On me dit : « Oui, oui, on vous attend monsieur Lalanne. » Et là, j’arrive devant ce gars, 34 ans, beau comme un astre, l’intelligence faite homme, un businessman hors pair et il me dit : « Moi, la musique ou ce que vous chantez, je m’en fous. J’ai fait un sondage.

Beaucoup de gens attendent un disque de vous. Je sais ce qui vous est arrivé, vous avez gagné votre procès. Ce que vous avez envie de chanter, ça m’est égal. » Il me sort le chéquier et il me dit : «Vous me dites combien vous voulez, c’est oui d’avance. Je vous veux chez mois pour cinq ans, pour cinq albums.» Je lui dis : «Pourquoi?» «Parce que je pense qu’on peut faire de l’argent avec vous, j’en suis convaincu.» «Mais vous n’avez pas écouté mes chansons.» Et il m’a répondu : «Vous ne m’avez pas compris, je n’ai pas parlé de vos chansons, j’ai parlé de vous, le bonhomme que vous êtes. Un gars que l’on ne peut pas corrompre, un gars capable de s’exprimer dans tous les domaines artistiques. Un gars comme ça ne doit pas rester en dehors des studios. Je n’en ai pas un comme vous dans ma boîte et j’en veux un, parce que des comme vous, il n’y en a plus. » Franchement, c’est l’un des gars qui m’a fait le plus de bien de toute ma vie. J’en n’avais rien à foutre que l’on me parle de la qualité de ce que je faisais. Je sais que j’écris bien, je sais que ce que je fais ça plaît aux gens. J’ai pu le vérifier auprès du public. Mais je pensais que je n’étais plus dans ce métier. Lui, il était en train de me donner l’info la plus importante pour moi. Il était en train de me dire: « Moi, PDG de Warner, je pense que vous êtes bankable.» J’ai eu confiance en lui. J’étais son artiste, il m’appelait dix fois par jour.

Une fois, je me suis embrouillé avec un journaliste. J’étais avec Philippe Bernat-Salles [un ex-international français de rugby, ndlr]. Je m’occupais des peines de cœur de ce copain à trois heures du matin dans un petit sushi bar des Champs-Élysées. Et là, Yann-Philippe Blanc déboule en moto et rentre dans le bar. Comment il savait que j’étais là? Aucune idée. Il me dit : « Francis, qu’est ce qu’il te prend ? Pourquoi tu fais ça ? Tout va bien, on vend 65 000 disques par jour. Qu’est-ce qui se passe? Pourquoi tu t’embrouilles avec un journaliste?» «Bah je m’embrouille parce qu’il m’a gonflé.» Et il enchaîne : «On s’en fout, on n’est pas là pour ça. Tout le monde est content que tu reviennes. On vend des albums. Tu as six passages par jour sur NRJ. Pourquoi tu fais ça?» Il m’engueulait, à trois heures du matin, devant Philippe qui n’en revenait pas.

Yann-Philippe Blanc a également orchestré un plan médiatique pour votre retour, qui passe par l’émission 60 jours, 60 nuits produite par Endemol. 

À cette époque, il me dit : «Je veux que tu fasses cette émission pour que les gens te revoient mais tel que tu es. Ce n’est pas de la téléréalité, c’est le contraire, il faut voir ça comme un reportage. Sois juste comme tu es dans ta vie, ne change rien, tu vas les rendre fous, tu vas revenir dans leurs vies.» C’est exactement ce qu’il s’est passé. Quand Endemol est venu me voir, je leur ai dit : «Attention, vous ne savez pas qui c’est Raoul. Si vous pensez que vous allez me suivre avec une équipe, vous vous plantez. Il va falloir une ou deux équipes. Il va en falloir une de jour et une de nuit parce que moi je vis le jour et la nuit.» Les mecs, ils rigolaient. Au bout de quinze jours de tournage, il y avait deux équipes. Au bout de trois semaines de tournage, il y avait trois équipes. Après, il y avait quatre équipes, cinq JRI pour me suivre mais j’étais « insuivable ». Les gars, je les ai amenés au Gabon prendre des avions à l’arrache sur le tarmac, au fin fond du nord du Québec à la recherche du Père Noël en traineau. À l’époque, j’avais un chauf- feur qui ne savait pas conduire à moins de 180 km/h. Il dormait même en conduisant. Les mecs derrière, ils pleuraient, ils appelaient la production en disant : «On ne veut pas mourir.» Le premier jour de tournage, je suis monté dans un TGV et je l’ai conduit. Les deux chauffeurs étaient un peu bourrés, ils étaient examinés par un mec et ils m’ont fait conduire et faire toutes les manipulations du TGV jusqu’à Aix-en-Provence. Les gens m’ont retrouvé dans ma douce folie, dans ma poésie. Aujourd’hui, on est dans une société où l’on voudrait que les artistes soient dans la norme. Mais Francis Lalanne, sa norme à lui, c’est de ne pas être dans la norme. Donc Yann-Philippe m’embarque là-dedans. Et il y avait Didier [JoeyStarr, ndlr] qui faisait le pendant. Didier n’a pas vraiment voulu fonctionner dans cette émission. Il a pris les thunes et il leur a mis un bras. Il a dormi pendant soixante jours et soixante nuits, et moi, pendant ce temps-là, je faisais le show.

« J’ai 55 ans, et cela fait vingt-cinq ans que je n’ai plus mis de coup de boule à personne. » 

On s’y attendait et vous êtes un peu passé pour un dingue. On vous a caricaturé comme le mec qui parle aux arbres. Ça ne vous a pas affecté ? 

Je pense qu’il y a une intelligence végétale. Ça a été démontré scientifiquement en 1966 à New York. Des scientifiques ont mis cinq plantes vertes dans une pièce avec des capteurs et faisaient entrer cinq personnes. L’une d’elles massacrait les cinq plantes. Ensuite, ils ressortaient. Quand les quatre qui n’avaient rien fait entraient de nouveau, il ne se passait rien. Mais quand celle qui avait massacré les plantes rentrait, les capteurs s’affolaient. [référence à l'expérience de Cleve Backster qui était en réalité seul mais fit effectivement le constat en question, ndlr]. C’est prouvé que certaines musiques aident à la croissance de certaines fleurs et que certaines les font faner. Je fais partie des gens qui sont conscients de cette intelligence végétale et qui, en forêt, se sentent en communication avec la nature.

Parfois, j’aime bien m’asseoir et composer auprès d’un arbre, parce que je me sens en communion avec lui. Les mecs ont traduit : « Francis Lalanne parle avec les arbres.» Mais les gens ont été super contents de me retrouver comme ça. Cette émission a tout déclenché. Les six passages par jour sur NRJ, les 65 000 exemplaires vendus au bout de la première semaine. On est en 2003, mon disque s’appelle D’une vie à l’autre, comme une espèce de prémonition. La photo, c’était moi avec des ailes noires dans le dos et j’ai fait enlever ces ailes, je ne sais pas pourquoi. Et Yann-Philippe fait une roue arrière devant chez lui et se tue. La mort de Yann-Philippe a été comme la fin de tout. Pour moi, ce n’était pas possible de continuer sans lui. Alors, je suis allé voir Warner et je leur ai dit : « J’ai signé avec Yann-Philippe. Yann-Philippe est mort. Vous ne m’aimez pas. C’était lui qui m’aimait, je ne vous aime pas, je m’en vais.» C’était ma façon de porter son deuil. Je suis un hippie de la génération des hippies, pas un chanteur des années 1980. J’ai eu 15 ans dans les années 1970.

Je crois toujours au pouvoir des fleurs, je crois que les gens sont gentils au fond et pas méchants. Je suis forcément un gars en rupture avec la société d’efficacité et du pragmatisme. Je ne veux pas devenir comme ça. Je ne peux travailler qu’avec des hippies comme moi. Donc j’arrête. Et là, Derrick McKenzie me dit : « Francis, tu as fait une connerie. Warner rend leur contrat à tous les artistes, et là, c’est toi qui leur rends ? Mais t’es un fou Francis. Tu penses avec ton cœur mais à un moment donné, il faut arrêter, il faut penser avec sa tête. » Je lui ai répondu : « Écoute Derrick, je pense avec mon cœur, c’est comme ça. C’est Francis. Je suis comme ça.» Il me dit : «Tu sais quoi? On s’en fout. Ton disque, on va le faire en auto-prod. Juste pour Yann-Philippe. » Et j’ai enregistré cet album qui s’appelle Reptile avec Derrick McKenzie. Il était un petit peu en avance sur son temps comme je l’étais de temps en temps dans la vie. Il y a des titres qui déchirent, dessus. On est en 2005. Je commence à faire des télés et à parler du slam, dont personne ne parlait à l’époque. Les gens ont commencé à s’intéresser au phénomène et c’est là que Fabien [Grand Corps Ma- lade, ndlr] est arrivé. J’ai ouvert la voie du slam au grand public.

Francis Lalanne - Crédit photo : DR

Francis Lalanne - Crédit photo : DR

Vous avez toujours eu un rapport particulier avec la télé, vous êtes capable de tout donner comme dans 60 jours, 60 nuits mais il y a eu des clashs aussi. Il y a celui avec Éric Naulleau, où il finit par vous détruire à propos d'un livre que vous étiez venu défendre.

Il ne me détruit pas, il se détruit lui tant ce qu’il dit est niais. Sa mauvaise foi, tellement évidente, m’a choqué.

Et voilà qu’on retrouve le Francis qui a le sang chaud. Derrière, Naulleau s’est plaint dans la presse et a dit que vous étiez prêt à le massacrer après l’émission. 

C’est faux. Si j’avais voulu m’en prendre à lui, il n’aurait pas pu parler dans la presse après. On n’aurait pas retrouvé les pièces. J’ai eu cinq procès pour coups et blessures dans ma vie. J’ai payé pour un huissier que j’avais emplâtré. Je ne suis pas du genre à parler avant d’agir. Si j’avais voulu emplâtrer ce crétin, je l’aurais fait. J’en n’ai rien à foutre que l’on pense que j’ai voulu casser la gueule à ce minable. Ça m’est déjà arrivé, et si ça avait dû se produire, je serais allé le voir et ça aurait été « boum », tout de suite, il n’y aurait pas eu de parole échangée. Mais il faut que les gens sachent que j’ai 55 ans, et que cela fait vingt-cinq ans que je n’ai plus mis de coup de boule à personne. 

Francis Lalanne vs Eric Naulleau

Il paraît d’ailleurs que vous avez mis un coup de tête à votre prof de philo en terminale ? 

Oui, ça, c’est vrai. J’avais réussi à sauver ma table en bois depuis la première. Je l’avais récupérée en terminale, elle était nickel. Pas une seule bite dessinée dessus, pas une seule inscription, je tenais à la garder impeccable, lisse. Dans ce cours de philo, à un moment donné, le prof s’est plaint que je participais trop et que je déséquilibrais la classe. C’était un malade mental. Donc, il me demande de changer de place. Je m’exécute mais j’emporte ma table. Lui pense que je me fous de sa gueule et il me dit: « Prenez la porte ! » C’est la goutte qui fait déborder le vase. Je vais vers la porte et je la dégonde. Il me dit: «Qu’est-ce que vous faites?» Je lui réponds: «J’obéis monsieur, vous m’avez dit de prendre la porte, je prends la porte. » Et je pars dans le couloir avec la porte. Là, le gars me rattrape, me tire par l’épaule et me secoue. Je lui dis : « Lâchez-moi l’épaule monsieur. » Il me dit: «Rendez-moi cette porte petit minable. » Il n’a pas lâché mon épaule et il a pris un coup de boule, comme l’huissier d’ailleurs. Avec lui, il était à 21 heures 30, à l’heure où il n’a plus le droit d’intervenir. Il s’était mis dans l’escalier alors que Jean Piat, mon partenaire, était déjà sur scène, dans une salle comble. L’huissier, dans l’escalier, en me barrant le passage, me dit : « Vous ne passerez pas tant que vous n’aurez pas pris connaissance de mon commandement. » Je lui ai répondu : « Mais vous êtes fou monsieur, je dois aller travailler. Laissez-moi tranquille. Je compte jusqu’à trois, et à trois, je vais passer.» Le gars s’est accroché. J’ai fait: «Un, deux, trois» et «boum». Il à fait quinze jours d’hosto. Je suis passé devant le juge. Il ne m’a pas envoyé en taule, il a reconnu les circonstances atténuantes. Je n’aurais pas dû faire ça, je regrette parce que je suis contre la violence.

Venons-en à votre engagement politique. Vous êtes très actif. En tant qu’artiste, vous avez fait des chansons pour l’environnement et le Darfour. Je crois que vous vous considérez comme un citoyen du monde.

Et un écologiste politique mais pas politicien. 

Francis Lalanne - Crédit photo : DR

Francis Lalanne - Crédit photo : DR

Dans ce cadre-là, vous vous êtes plusieurs fois présenté à des élections, notamment aux législatives. 

Les Législatives à Strasbourg, c’était pour le Mouvement Écologiste Indépendant (MEI) d’Antoine Waechter. J’ai fait 4% [3,51% exactement, en 2007, ndlr]. Après, j’ai fondé un mouvement écologiste indépendant qui s’appelle l’Alliance Écologiste Indépendante (AEI), qui existe toujours. À l’époque, mon idée était de créer un mouvement politique indépendant, qui soit de philosophie écologiste, refusant tout principe d’alliance avec les mouvements institutionnels. À ce moment-là, on rencontre les représentants d’Europe Écologie et on discute de l’éventualité d’intégrer le mouvement en vue des élections européennes de 2009. Moi qui suis à l’époque le leader de l’AEI, je dis : « On se met au service d’Europe Écologie à une seule condition : s’ils sont d’accords sur le principe de l’indépendance. C’est-à-dire, refuser le principe des alliances ni au premier tour, ni au second tour avec aucune consigne de vote. » Évidemment, comme Cohn-Bendit et sa bande courraient après d’autres intérêts que ceux des écologistes, des intérêts purement politiciens, d’électoralisme. On a refusé et choisi d’y aller tout seul. C’est à mon avis, l’une des plus graves erreurs politiques de Cohn-Bendit. Il a réussi son coup à 16% mais avec nos 4%, il aurait été à 20%, devant le PS [EELV avait terminé à 16,28% et le PS à 16,48%, ndlr]. Je m’en rappellerai toujours.

« J’étais le barde de l'équipe de France, l’Assurancetourix du banquet sauf que l’on ne me bâillonnait pas. » 

Et Francis en campagne, ça se passe comment ?

En campagne, Francis, c’est un gars qui marche dans les rues, qui arrête les voitures, qui frappe chez les gens avec son baluchon, qui les harangue en montant sur des escabeaux comme du temps de Jaurès. Pendant la campagne des Européennes, ça a été filmé, il y a eu ce meeting dans une espèce de hangar, il pleuvait des cordes. J’ai fait un discours pour cinquante personnes comme s’ils étaient cinq mille. Moi, c’est cinquante personnes, à la fortune du pauvre, sans argent, sans moyen, sans rien.

En 2009, vous avez écrit une lettre de soutien à Christine Boutin suite à son renvoi par Sarkozy. Vous disiez qu’elle avait incarné une synthèse de vérité et de conviction à l’intérieur de ce gouvernement. Derrière, vous avez pris assez cher. Pierre Jourde, un vieux comparse de Naulleau par ailleurs, avait notamment écrit que vous aviez «l’orthographe d’un CM2, zéro idée et un style entre du Hugues Aufray et un discours de fin de banquet.» Vous regrettez ce soutien, aujourd’hui ?

Ce que ce type-là pense de moi, je m’en bats les couilles. J’existais avant lui, j’existerai après lui. Sur le plateau de télé, j’ai été agressé par un mec et il a vu qui c’est Raoul, c’est tout. Maintenant, sur l’histoire de Christine, je ne partage aucune de ses idées. Christine, pour moi, elle est à côté de la plaque à ce niveau-là, je lui ai toujours dit. Ça ne nous empêche pas d’être amis, je l’apprécie beaucoup, c’est une gentille personne. Christine Boutin, elle se trompe de bonne foi. Je ne regrette absolument pas d’avoir pris sa défense. Cette nana finalement, avec ses idées que je ne partage pas, est la seule qui ait un peu rappelé au président de l’époque qu’il était redevable à ceux qui l’avaient porté au pouvoir. Si quelqu’un d’autre avait incarné ce qu’elle incarnait, j’aurais tenu le même discours. Je ne regrette pas parce que personne n’a eu les burnes pour le faire, parce que tout le monde a eu peur de ce genre de réaction à deux balles des crétins de service qui sont des inspecteurs des travaux finis. Mais qu’ils y aillent, eux, qu’ils aient des opinions, des vraies, qu’ils aillent sur le terrain, qu’ils créent et proposent au lieu de débiner ce que font les autres. Ce qu’elle a fait, ça vaut quelque chose, elle s’est retrouvée à la rue. Bon, après, elle s’est recouchée devant Iznogoud. Je lui ai dit : « Christine, tu déconnes, t’aurais dû aller au bout de ton truc, faire ton mouvement. T’aurais dû aller au bout de tes idées, je ne les partage pas mais va au bout! Montre qu’on doit aller au bout de ses idées, donne un exemple. »

Vous êtes aussi un grand fan de foot. Coupe du monde 2002 en Corée, on retrouve Francis le fantasque en tête de la délégation des supporters français. Ça a été un fiasco mais vous étiez sur tous les fronts. 

J’avais monté le club des supporters français en Asie. C’est moi qui ai rempli les tribunes là-bas pour le compte de la Fédé qui m’avait missionné pour ça. J’ai établi des comptoirs devant, je n’ai pas pris un centime. J’ai installé des cadres de la Fédé pour vendre des billets pour que les tribunes soient pleines. J’ai travaillé avec le Ministère des Sports coréen pour qu’on me mette à disposition des gens pour chanter «Allez la France, allez les Bleus», parce qu’on n’en avait pas assez dans les tribunes. Je suis allé dans toute l’Asie pour recruter des supporters. Je leur ai appris les chants en français pour qu’ils encouragent les Bleus. Je pense que si les joueurs m’aiment comme ça, c’est parce que j’ai toujours été là pour les encourager. Quand il y a eu les qualifications pour la dernière Coupe du Monde, tout le monde lapidait l’équipe de France. Bah moi, j’étais l’un des rares à manifester jusqu’au bout ma confiance en Didier Deschamps qui est mon ami.

« Je n’ai pas de compte bancaire depuis 1993. » 

C’est votre grand pote depuis 1996, c’est lui qui vous a présenté à tout le monde ? 

Non c’est Henri Emile [intendant de l’équipe de France de 1984 à 2004, ndlr] et Laurent Blanc. Après, il y a eu Franck Lebœuf, puis Manu Petit, Dédé, Zizou et Youri. Je faisais partie du groupe. Bixente Lizarazu est devenu un ami très cher, on s’appelle très souvent. J’ai tellement fait partie du groupe que j’étais le seul membre coopté faisant partie de France 98, qui n’était pas footballeur. Je le suis toujours.

Francis Lalanne - Crédit photo : DR

Francis Lalanne - Crédit photo : DR

Comment ça se passait ? Vous aviez accès aux vestiaires ? 

Oui toujours. Au bus, aux vestiaires, aux repas... Je fonctionnais avec eux. J’étais le barde, l’Assurancetourix du banquet sauf que l’on ne me bâillonnait pas, on avait besoin de moi pour encourager. J’ai connu beaucoup de moments extraordinaires avec eux. Aimée Jacquet nous a dit un jour qu’il fallait rendre ce que l’on avait reçu. Quand j’ai senti que je pouvais être utile, j’ai accepté de devenir président de ce petit club de foot qui est monté en CFA 2. [L’AS Fresnoy-Le-Grand dans l’Aisne, ndlr]. On a fait huit doubles montées, trois coupes de l’Aisne, une coupe de Picardie alors que c’est un village de 2 700 habitants. J’ai complètement inversé la hiérarchie sportive locale jusqu’à déclencher des haines farouches.

Rien à voir, mais c’est vrai que plus jeune, vous n’aviez pas de fric et que vous faisiez le faux aveugle devant les églises avec une canne blanche ?

Oui. Et je n’ai pas fait que le faux aveugle, j’ai fait le faux muet aussi. Mais les gens ne croient pas au faux muet, donc ils m’insultaient. Ça peut passer mais quand ils commencent à insulter votre mère, là, ça ne va plus. Je suis marseillais et ça, ce n’est pas possible. Mais aveugle, c’est génial, les gens y croient vraiment. J’ai un peu honte aujourd’hui, mais à l’époque, je me mettais à la sortie d’une église avec le chien d’un copain et une canne blanche, des lunettes noires et un chapeau à côté de moi et ça faisait « gling gling gling ».

« J'ai même joué dans un film que le pape a écrit. »

Dans les années 1980, vous étiez du style à refuser absolument la notion de propriété. Vous alliez dans les friperies et à chaque fois que vous rachetiez une nouvelle tenue, vous laissiez l’ancienne, c’est ça?

Oui, c’est bien comment vous définissez le truc. C’était ma période où j’étais complètement fasciné par Saint François. 

Francis Lalanne

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Vous êtes toujours dans ce truc de refuser la propriété ? En préambule de l’interview vous disiez que vous changiez assez souvent d’appartement à Paris. 

Disons que j’essaie de ne pas être possédé par ce que je possède. Je tiens beaucoup à mes jouets de quand j’étais petit, je les ai conservés. Je n’ai pas de biens immobiliers, je ne peux pas dire que j’ai une vie marginale parce que je vis dans la ville mais de manière générale j’essaie de ne pas me faire enfermer par ce qui est institutionnel.

Et c’est vrai que vous n’avez plus de compte en banque ?  

C’est vrai oui mais je vais en ouvrir un. Maurice Suissa, mon nouvel impresario m’a demandé de le faire parce que ça facilite ses transactions. 

Comment fait-on quand on n’a pas de compte en banque ? 

Comme les gens qui n’ont pas de compte, je fonctionnais avec le seul argent que je considère propre : l’argent liquide. Pour moi, tout l’argent virtuel est sale, il fait vivre les gens à crédit, il les fait s’endetter, il gave les banques. L’argent sonnant et trébuchant, c’est l’argent des paysans et moi je descends d’une famille de paysans.

Donc, vous avez fait quoi, deux, trois ans sans compte bancaire ? 

Pardon ?! Je n’ai pas de compte bancaire depuis 1993.

Vous sortez le crucifix là, vous avez rencontré le pape, c’est ça ?

C’est le crucifix que le pape m’a donné oui. Je l’ai rencontré à trois reprises. Pas François hein, l’autre, Jean Paul II. C’est un personnage qui m’a marqué, j’ai même joué dans un film qu’il a écrit.

« J'ai rencontré le pape en Belgique, il faisait ma première partie. » 

Ah bon ?

Oui ! Ah je suis content de vous apprendre un truc sur moi parce que vous savez tout. J’ai joué dans un film que vous pouvez trouver sur Internet. C’était un gars qui aimait beaucoup les artistes, avec qui j’ai eu des échanges fabuleux.

Francis Lalanne - Crédit photo : DR

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Comment ça se passe quand on rencontre le pape alors ? 

Je l’ai rencontré en Belgique à Bruges et il faisait ma première partie. Haha, je plaisante. En fait il faisait son discours aux jeunes catholiques et je jouais après. Je l’ai rencontré à sa sortie de scène et il m’a dit : « Aaah quel dommaaage je ne vais pas pouvoir vous écouter chanter. » [Il faut savoir que Francis fait une imitation démente du pape en prenant la voix chevrotante d’un Polonais, ndlr]. Je lui ai dit que si je passais à Rome, je viendrais chanter pour lui et il m’a dit « Oui, il faut le faire.» Bref, c’était une rencontre un peu à l’emporte-pièce, très sympa, on a beaucoup ri. Il y avait celui qui a pris sa retraite qui était un peu son ami, son secrétaire, là. Il était plus sympa avant d’être pape [Francis fait référence à Joseph Ratzinger, qui a succédé à Jean-Paul II, ndlr]. Et donc quand je suis passé à Rome, j’ai tenu ma promesse, j’ai appelé le Vatican, je suis tombé sur son secrétaire et il m’a dit de venir chanter la messe pour le Saint-Père dans sa chapelle privée à six heures du matin. Il y avait douze moines, moi qui chantais et lui qui priait. Je peux te dire que pour les gens qui accordent de l’importance au moment de la prière, c’est un instant hyper fort que je n’oublierai jamais. Après ce moment, on a sympathisé, c’était formidable, il était en pleine force de l’âge. Je l’ai revu pour la projection du film où je jouais Saint Joseph, Marie de Nazareth de Jean Delannoy, qui était son dernier film. On l’a projeté dans ses appartements privés au Vatican, en sa présence et celle de plein de cardinaux. C’était la fin, il était tremblant mais ce jour-là, il m’a pris dans ses bras en pleurant et il y a une grosse larme qui est tombée de sa joue sur la mienne. Pardon, ça fait peut-être un peu fan, mais c’était Jean-Paul II, quoi ! Il avait été tellement ému par mon interprétation qu’il m’a pris dans ses bras comme ça, en tremblant et il m’a dit: «Votre interprétation était magnifique, évangélique, apostolique. » Je m'en rappellerai toujours.

Et vous avez abandonné les cuissardes ?

C’est ma période chaussures. J’imagine les chaussures de Rimbaud comme ça, et donc, j’ai l’impression d’avoir les semelles de vent, tu sais : « Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ; Mon paletot aussi devenait idéal, j’allais sous le ciel... Mon unique culotte avait un large trou. Petit poucet rêveur j’égrenais dans ma course des rimes, mon auberge était à la grande ourse etc. » Et j’imagine Rimbaud avec des chaussures comme ça, et du coup, j’ai l’impression d’avoir les semelles de vent. Alors oui, j’ai troqué les bottes de sept lieux contre les semelles de vent.

En 2014, un recueil de poésie intitulés La fille imaginée ou les sonnets à Constance a été publié, deux disques l’un en anglais, espagnol et français, enregistré entre Paris, New York, Miami et La Havane, et l’autre en hommage à Léo Férré. On peut enfin le retrouver dans le cadre de la tournée « Âge tendre », dans laquelle il met à l'épreuve ses talents de chanteur et de danseur.

Par Loic H. Rechi