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99 choses que vous ne savez pas sur Jay-Z. Part 2/3 : De la glacière premium au passe-muraille.

Dossier coordonné par Raphaël Malkin

99 choses que vous ne savez pas sur Jay-Z. Part 2/3 : De la glacière premium au passe-muraille.
Dossier coordonné par Raphaël Malkin

Les 99 choses que vous ne connaissez pas sur Jay-Z : Partie 1 

Les 99 choses que vous ne connaissez pas sur Jay-Z : Partie 3

Jay-Z est partout. Tout le temps. Si l’homme est aujourd’hui classé parmi les personnes les plus influentes du monde, -dont la fortune était estimée à 520 millions de dollars par Forbes en avril 2014- c’est parce qu’il accompagne notre quotidien comme personne. Que ce soit pour un featuring, un concert, un contrat business, une news people, l’actualité de Jay-Z, ce rappeur au costume d’entertainer et à la malette d’entrepreneur, a un écho énorme qui nous revient forcément aux oreilles. 

C'est comme si toutes les informations menaient à Jay-Z. Et puis ne serait-ce qu’au chapitre de la scène, connaît-on un autre rappeur capable de prendre sa retraite pour finalement revenir plus fort ? Et s'offrir d'ailleurs deux dates au Stade de France les 12 et 13 septembre avec sa conjointe (ndlr: la reine du Rnb Beyoncé, qui orne d'ailleurs notre une du mois) ? Mieux : connaît-on un autre rappeur de presque 44 ans – Jay-Z est né en 1969 ! – à qui l’on accorde encore du crédit et dont on attend avec une impatience fiévreuse les nouveaux projets. Non et non. Ceci dit, l’aura planétaire dont bénéficie l'homme n’est pas si vieille que ça. Grosso modo, disons que c’est depuis 2009 et la sortie de son Blueprint 3 – porté par l’utra efficace « Empire State of Mind » et les bons offices de Kanye West – que le hip hop mogul surplombe le monde.

Et avant ? Qui est capable de citer par cœur la discographie du rappeur ? Si l’on imagine connaître Jay-Z du fait de son hyper présence sur l’avant-scène, on en sait finalement assez peu sur son parcours, sur les lignes droites, les virages et les dos d'âne qui émaillent sa carrière longue d’une vingtaine d’années maintenant. A-t-il toujours été au top ? Comment a-t-il construit son affaire ? Par quel biais s’est-il imposé comme un entrepreneur de génie? Sur Jay-Z, on sait tout, sans vraiment rien savoir. Lui disait qu’il avait 99 problèmes, mais qu’une « bitch » n’en était pas un. Voilà 99 secrets sur Jay-Z, picorés ça et là dans un lot qui en comporte évidemment bien plus. Pour tenter de lever le voile sur une vie incroyable. 

Voilà encore 33 choses que vous ne connaissez pas sur Mr Shawn Corey Carter

34. Glacière premium

Lors d’un concert à Phoenix, Arizona, en 2009, les détails du catering de Jay-Z, soit les requêtes de l’artiste pour son confort personnel, fuitent. On apprend alors que le rappeur exige que l’on mette à sa disposition, pour chacune de ses dates, une Maybach noire (modèle 57 ou 62), avec des vitres teintées. Aussi, la température de sa loge de concert doit être maintenue à température constante, à hauteur de 22 degrés. Pour son petit plaisir, Jay-Z veut également de la bière japonaise de marque Sapporo, de la vodka, de la tequila et deux bouteilles de champagne. Plus deux bouteilles de Sassicaia 2004, « un vin rouge italien de la région de Bolgheri ». Plus – encore – du peanut butter « de bonne qualité », de la confiture, un shaker, douze verres à shot et une cartouche de Marlboro Light. Ce sera tout ? Ce sera tout.

35. Danny la malice

Lors de ses années passées au pieds des Marcy Houses de Bedford-Stuyvesant, Jay-Z tient pour idole le dénommé Danny Dan, un caïd du block de cinq ans son aîné. Le genre de type sapé comme un milord dans des manteaux de fourrure, toujours accompagné par des nanas et fusant en ville à cent à l’heure au volant d’une vieille Sedan. « Je le regardais de loin, je l’admirais. Ce type m’a vraiment influencé », dira plus tard Jay-Z. Danny Dan, lui, est mort jeune, à la fin des années 1980, dans une accident de voiture – « Il l’avait prédit », à en croire Jay-Z. On dit qu’à son enterrement, Danny Dan portait pour quelques 100 000 dollars de bijoux sur lui. 

 

36. Intouchable

David Ortiz, star flamboyante de la franchise de baseball des Boston Red Sox, attaque Jay-Z en justice en 2010. La raison: le nom du club new-yorkais du rappeur, le 40/40, est le même que celui que possède le sportif en République Dominicaine. David Ortiz réclame alors cinq millions de dollars à Twenty One Inc., la compagnie de Jay-Z qui gère la boîte de nuit. Il ne les aura jamais.

37. Pare balles

Ado, Jay-Z se fait tirer dessus trois fois de suite. À bout portant. Sans être touché.

38. KFC dans le viseur

Michael Shand, cuisinier néo-zélandais de bon goût, fut le chef de Beyoncé sur plusieurs de ses tournées, avant d’être nommé par Jay-Z pour diriger la cuisine du club 40/40 à New York. Cela dit, à l’été 2012, Shand est écarté des fourneaux par le rappeur. Pire, ce dernier réclame alors près d’un million et demi de dollars de dommages et intérêts au cuisto. La raison : Michael Shand aurait « échoué à développer » le menu du restaurant, comme il s’y était engagé. Surtout, il aurait refusé de dévoiler sa fameuse recette de chicken wings épicées. Enfin, un jour après le dépôt de sa plainte, Jay-Z lâche l’affaire. Drôle d’histoire.

39. Danse avec la star

Pour présenter leur titre « Enjoy Yourself», les Jackson Five, Michael en tête, avaient pour habitude de dégainer une chorégraphie affriolante, tournant sur eux-mêmes comme des derviches tourneurs turques. Avec des cols pelles à tarte à la place du vêtement traditionnel. Imaginez maintenant Jay-Z version junior exécuter, dans le salon familial, la même valse, avec le même col et des converses rouges en plus. Chacun sa Macarena.

40. Filigranes

Dans « Cashmere Thoughts », extrait de Reasonable Doubt « I talk jewels and spit diamonds, all cherry like a hymen, when I’m rhymin’ with remarkable timin’»*. Traduction de cette embrouille - mini verbal par Clark Kent, vieil acolyte de Jigga, DJ renommé et producteur du titre : « Il y a deux significations. Jay-Z est le roi des expressions à double-sens. La cerise va toujours sur le dessus, donc, là, Jay veut dire : “Je suis au-dessus de tout quand je rime avec un timing incroyable”. Mais la cerise est aussi une sorte de chatte qui n’a jamais été touchée, encore vierge. Il faut donc comprendre: “Personne ne peut me baiser”». Le genre de drop complexe et imparable que Jay-Z avait prit soin de mûrir dans sa tête sans jamais le coucher sur papier. Le rappeur a toujours posé ses lyrics de mémoire. Clark Kent : « Jaz-O et moi sommes les seuls à avoir vraiment saisi comment Jay arrivait à se souvenir de ses rimes. Il ne pouvait pas les écrire, simplement parce qu’il était à fond dedans, en roue libre. Il s’en souvenait uniquement grâce au rythme, à travers le flow. »* «Mes paroles sont des joyaux et je crache des diamants, tous vierges comme un hymen, quand je rime avec un timing incroyable »

41. Après Jay Z, le chaos

Il fut un temps où Karrem Burke vivair grassement. Vieil ami de Jay-Z, Burke présidait, avec ce dernier et Damon Dash, aux destinées de Roc-A-Fella et régnait ainsi sur la planète hip hop. C’était il y a une grosse dizaine d’années. Aujourd’hui, Jay-Z navigue confortablement en solo, tandis que Burke croupit en prison. Après la fin de l’époque Roc-A-Fella, l’homme s’est embarqué dans un trafic de drogue entre la Floride et New York et a fini par se faire pincer l’année dernière. Résultat: cinq ans de prison, confiscation d’une maison dans le New Jersey d’une valeur de 600 000 dollars et d’une BMW.

42. Big Brother

Fin businessman, Jay-Z sait packager et vendre son cool comme nul autre artiste. Depuis toutes ces années, on ne compte plus les marques qui on cherché à s’associer avec l’artiste pour donner du relief à leurs contours. Dernier exemple: Samsung et son achat groupé de quelques un million d’exemplaires de Magna Carta Holy Grail pour ravir les acheteurs de ses téléphones Galaxy. Cela dit, en plus de mettre en avant le talent commercial de Jay-Z, cette affaire révèle, de manière plus générale, son appétit vorace et son désir de puissance. Avant de pouvoir récupérer gratis l’album, les clients de Samsung pouvaient, s’ils le voulaient, découvrir en exclusivité des lyrics des morceaux du nouvel album...en échange de posts promo sur Twitter et Facebook. Aussi, pour récupérer l’album, les pauvres consommateurs devaient obligatoirement s’enregistrer sur une application en ligne, en refourgant leurs noms sur différents réseaux sociaux, leur adresse e-mail, leur localisation via un GPS ainsi que les noms des personnes avec qui ils correspondent. Plus d’autres petits détails. Après la National Security Agency, voilà Jay-Z et sa base de données mondiale. Et dire que sur «Nickels and Dimes», l’un de ses nouveaux morceau, le filou rappe : « The greatest form of giving from anonymous to anonymous ». Bien sûr. *« La plus belle manière d’offrir et de recevoir se fait entre anonymes » 

43. La poule à l'œuf d'or

À peine une semaine après la naissance de la fille de Jay-Z et Beyoncé, Blue Ivy, en janvier 2012, le dénommé Joseph Mbeh débarque au tribunal de commerce de New York pour y déposer le nom suivant : « Blue Ivy Carter NYC ». Un blase avec lequel cet obscur designer veut lancer une nouvelle marque de vêtements pour enfants. Malin. Cela dit, sa requête est fort logiquement rejetée. Après l’épisode Mbeh, Jay-Z et Beyoncé apprennent qu’une petite entreprise de Queens a tenté de déposer le nom « Blue Ivy Carter Glory IV » pour développer une marque de parfums. Remontés, agacés, embêtés, les nouveaux parents décident finalement de déposer, eux-mêmes, le prénom de leur fille pour clore les débats. Et, peut-être, pour récupérer quelques pièces.

 

44. Paranoïa ?

Terrorisés à l’idée que leur album Watch The Throne fasse l’objet d’un leak, Jay-Z, Kanye West et leur armée de conseillers mirent en place une véritable stratégie sécuritaire pour garder leur projet secret de tous jusqu’à sa sortie, en août 2011. Ainsi, pendant les quelques mois d’enregistrement, les personnes bossant sur le projet devaient obligatoirement déconnecter leurs ordinateurs portables du Wifi, avant d’entrer en studio; les producteurs (RZA, Swizz Beatz and co) étaient obligés de travailler en direct avec les deux rappeurs, sans passer par les habituels emails et Dropbox pour fourguer leurs fichiers audio. Dernier élément garant de l’exclusivité de l’album : les deux artistes ont enregistré dans plusieurs endroits du monde, à Hawaii, à Sydney, New York, Paris et Londres, ne laissant jamais de trace de leurs travaux là où ils passaient. À chaque fois, les maquettes de leurs titres étaient transportées dans un attaché-case blindé que l’on pouvait uniquement ouvrir à l’aide d’un scanner d’empreintes digitales. Une formule gagnante, au final : lors de la semaine suivant sa sortie, Watch The Throne s’est vendu à hauteur de 250 000 copies.

45. WingMan

«Bleek could be one hit away his whole career, as long as I’m alive, he’s a millionaire. » Cette phrase de Jay-Z dit à peu près tout ce qu’il faut savoir sur Memphis Bleek.

Voisin de palier du temps des Marcy Houses, Malik Thuston Cox a vu sa carrière intimement liée à celle de Shawn Carter, de neuf ans son aîné. Jay a toujours adopté une posture de grand frère vis-à-vis de son acolyte, avec ce que cela implique d’attitude protectrice mais également d’arrogance. C’est comme si les deux compères avaient toujours su où étaient leurs places respectives : si Bleek a conscience qu’il n’aurait jamais foulé les planches du Madison Square Garden sans Jigga, celui-ci s’est toujours accommodé de ce camarade loyal à l’ambition mesurée. À 34 ans, Memphis Bleek a sorti quatre albums solos, fait le tour du monde et même une improbable publicité pour un shampooing. Pourtant, tout le monde se souviendra de lui comme du parfait « pote du héros ». *«Bleek peut bien avoir un train de retard pendant toute sa carrière, tant que je serai en vie, c’est un millionnaire »

46. Jay-Z vs Al Qaïda

Le quatrième album solo de Jay-Z, The Blueprint, est sorti le 11 septembre 2001 aux États-Unis. Un an plus tard sortait The Blueprint2. Et sur le track numéro 10, « The Bounce », Jay-Z rappait : Even Bin Laden couldn’t stopped me ».*« Même Ben Laden n’a pu m’arrêter »

47. Hitman

Avec son histoire de gangsters suivis en douce par des policiers et de policiers suivis en douce par des gangsters, le clip de « Dead President », le premier single de l’album Reasonable Doubt, s’affiche comme une sorte de mini remake d’un film déroulant le même scénario: Heat, avec Robert de Niro et Al Pacino, sorti en 1995. Abdul Malik Abbott, réalisateur de la vidéo : « On venait de voir Heat, on s’est dit que ça serait pas mal de faire une sorte d’hommage. »

48. Street Marketing

«Enfin un label qui parle de la rue, dirigé par des mecs de la rue». Voilà la baseline de Roc-A-Fella Records sur l’affiche célébrant le disque d’or obtenu par Jay-Z pour son Reasonable Doubt en 1996. « Pas mal pour des négros, non?» Avec encore plus d’humour, gonflés d’ambition, les trois partenaires à la tête du label, Jigga, Dash et Burke, notèrent également au pied de l’affiche: «Rendez- vous pris pour la soirée du disque de platine ! »

49. Heartbreaker Ter?

Parmi les tout premiers sparring partners de Jay-Z à la scène, on compte notamment la rappeuse Foxy Brown. Ce petit bout de femme de Brooklyn cala par exemple un featuring sur le vieux « Ain’t no nigga » (1995) de Jigga. Tout en se lovant sous les draps du MC. Une relation dont elle ne se semblait ne s’être pas vraiment remise il y a encore deux ans. À l’époque, le site people Media Takeout publia une série de citations de Foxy Brown peu amènes à l'égard de Jay-Z. La rappeuse déclarait ainsi, qu’en plus de l’avoir dépucelée alors qu’elle n’avait que 15 ans et lui 27, Jay l’aurait embarquée dans un plan à trois avec l’acteur Jamie Foxx, et que le rappeur aurait longtemps apprécié la compagnie des transsexuels et serait même gay. Enfin, alors que ces propos s’étaient noyés sans bruit dans la fosse sceptique de l’information, Foxy Brown est récemment montée au créneau pour apporter un démenti. « Pourquoi aurais-je dis toutes ces saletés ? Jay-Z est quelqu’un de bien. Il ne m’a jamais oubliée. Quand il est devenu président de Def Jam, il m’a tout de suite fait signer un contrat alors que je n’avais rien. » Ouf, la légende est sauve. 

50. Attaque ...

Au plus fort du conflit qui opposa les rappeurs de la côte Ouest américaine et leurs homologues de l’Est, le légendaire porte-étendard des premiers cités, Tupac, sortit notamment le fumant «Bomb First» (1995). Un brûlot énervé et sanguinaire appelant à la ratonnade d’un certain nombre de lyricistes new-yorkais, Notorious B.I.G. en tête. Et dans la liste des têtes mises à prix, on pouvait également trouver celle de Jay-Z. Tout du moins, dans la première version du texte. Si, en fin de compte, le nom de Jigga n’apparaît pas dans la version finale, c’est que Tupac l’aurait viré in extremis sur les bons conseils de ses compères du groupe Outlawz. Ces derniers auraient indiqué à Pac que Jay-Z n’avait alors rien à voir avec toutes ces histoires de beefs.

51. ...Et contre-attaque !

À la même époque, Jay ébaucha un rap défendant l’honneur de New York et déchirant en mille morceaux le style de Tupac. Le rappeur présenta pour la première fois ce fameux texte, non titré, devant le public de l’Appolo Theater de Harlem. Ce soir-là, le morceau ne fut pas enregistré. Quelques temps plus tard, Tupac était assassiné. Dans la foulée, Jay décida de ne plus jamais rejouer le morceau et l’enterra dans sa mémoire.

52. Mauvaise Mine

1er décembre 1999. Ce soir- là, tout le gratin hip hop se ré- chauffe au Kit- Kat, club huppé qui longe le côté sud de Central Park, pour boire à la santé de Q-Tip qui vient de sortir son album solo. Pourtant, à l’intérieur, c’est Jay-Z qui attire toute l’attention. Pas uniquement parce qu’il est en passe de devenir le prince incontesté de la ville, mais parce que parmi les voix qui s’élèvent du carré V.I.P, la sienne porte plus que les autres. Jay-Z invective son ami Lance « UN » Rivera, producteur connu et reconnu à New York pour son rôle dans le lancement des carrières de Notorious B.I.G., Lil’ Kim ou encore Cam’Ron.

Le ton ne cesse de monter, le rappeur perd son sang froid. Et les témoins racontent que Shawn Carter, poète en toutes circonstances, aurait alors glissé à l’oreille de Rivera « Tu m’as brisé le cœur », avant d’appliquer sa vision de la loi du Talion en lui assénant deux coups de couteau dans le buste. Rivera sort du club en civière, Jay-Z les menottes aux poignets. Si ce dernier a perdu la tête, c’est parce qu’il accuse Rivera d’être responsable des fuites qui ont laissé le contenu de son prochain disque, Life and Times of S. Carter, se répandre à vitesse grand V dans les souterrains de Brooklyn. Parce que même si nous sommes alors à une époque antérieure au boum d’Internet, les leaks d’albums sont déjà monnaie courante.

Un mois avant sa sortie, le prochain Jay-Z en fait donc les frais ; tout New York a déjà sa version bootleg. Héros d’une époque encore un peu sonnée par les morts de Tupac et Biggie, Jay-Z avait jusque là tenu à rester irréprochable en dehors des studios. Ces coups de couteau, le public n’y croit pas et imagine même un coup marketing machiavélique avant la vraie sortie du disque. La vérité est que Jay-Z aurait passé un quart de siècle en prison s’il n’avait pas pu se payer la défense de l’avocat préféré des politiques et des mafieux (remember DSK):Benjamin Brafman. «Got Brafman defending me / Cause New York’ll miss me if I’m locked in the penitentiary / The judge said “Is this that thug, from the Kit-Kat club?” / But I got enough chips stacked up to make the bitch back up» rappera plus tard Jay-Z. Au final, ce coup de chaud au milieu d’une des nuits les plus froides de l’année 1999 n’a pas particulièrement déparé la réputation de Shawn Carter (qui s’en tirera avec du sursis). Son album sortira un mois plus tard dans une version légèrement remaniée, et, parce qu’il portait une veste Rocawear au moment de son arrestation, Jay-Z verra même les ventes de sa marque de fringues exploser.

*«J’ai choppé Brafman pour me défendre / Parce que je manquerais trop à New York si je devais rester en prison / Le juge a demandé: «C’est cette pourriture du Kit-Kat Club ?» / Mais j’ai bien trop de blé pour que les putes se barrent» 

53. Le Volant avec la Moquette

« Tu l’as dans ton pecli, je l’ai dans mon parking ». En 2012, Booba se vantait d’être le seul rappeur français à pouvoir se payer de grosses berlines. Cela dit, le rappeur de français n’arrive pas à la cheville de Jay-Z. Lui a eu une voiture à son nom. Enfin, presque. Il y a deux ans, le journaliste Zach O’Malley Greenburg révélait qu’en 2005, Hova avait été à deux doigts de présenter la bien nommée Jeep Commander Jay-Z. Tout était bien parti: accord avec le constructeur Chrysler, un contrat prévoyant une distribution à mille exemplaires, un intérieur cuir beige clair et des pneus de 22 pouces. Et puis soudain le couac. La direction de Chrysler changea de tête et quelques semaines plus tard, le projet tomba à l’eau. Pour les nouveaux patrons de la firme automobile, pas question de s’acoquiner avec un rappeur, certes célèbre, mais traînant encore derrière lui ses vieilles casseroles de dealer brooklynite. Aujourd’hui, le business de Jay-Z est monstre et le rappeur est dans tous les coups. Mais toujours pas de caisse à son nom. À croire que la modernité est une autoroute sur laquelle on ne roule pas en Jeep. 

54. Jay Z, du Yankee au Confédéré

L’orgueilleuse New York des années 1990 a la réputation d’être une ville qui n’aime que les rappeurs élevés en son sein et à son grain. On connaît par cœur sa rivalité de l'époque avec Los Angeles, on évoque moins souvent le sort réservé aux rappeurs du vieux Sud. Quand ils ne sont pas hués comme Outkast aux Source Awards de 1995, les Sudistes sont tout bonnement ignorés par les New-Yorkais. Jay-Z a été l’un des rares à vouloir déchirer ce voile d’ignorance. En 1999, alors que le rappeur travaille sur Life and Times of S. Carter, le producteur Timbaland vient lui fournir une production catchy conduite par le sample d’une mélodie égyptienne. Emballé, Jigga est certain qu’il tient là un tube. Quelques temps plus tard, à l’autre bout du pays, dans les campagnes du Texas, les UGK Bun B et Pimp C reçoivent une proposition de featuring signée Jay-Z. Le duo est alors quasiment inconnu des New-Yorkais et donc du grand public, mais s’impose pourtant comme une institution dans le Sud. Dans le making-of de la vidéo qui accompagne ce mystérieux single, on découvrira un Jay-Z presque impressionné, le regard animé par son amour pour les deux UGK, qu’il dit avoir invités parce qu’il en est fan depuis l’adolescence. Des années après, le truculent Pimp C donnera une version légèrement différente, accusant Jay-Z de les avoir invité stratégiquement, pour vendre du disque dans le Sud. Enfin, qu’importe l’intention, le résultat est là : avec UGK sur le somptueux «Big Pimpin’»Jay-Z tient l’un des meilleurs titres de sa carrière.

 

55. Parental issue

Après une longue amitié, Jay-Z et son mentor, le fameux Jaz-O, ont fini par couper les ponts. Une rupture consommée lorsque Jaz-O refusa de signer sur Roc-A-Fella à la fin des années 1990. Pendant longtemps, les deux hommes se sont envoyés un paquet de piques par freestyles interposés pour bien signifier qu’ils ne s’entendaient plus. Cela dit, les insultes lancées par Jay-Z ont toujours laissé filtrer une sorte de respect voilé. Malgré lui, Jay-Z a agi comme une sorte de fils déçu par son père spirituel, mais qui ne peut s’empêcher de toujours l’aimer. « Shout out to Grand Master Flash and to Caz. And even Jaz-O bum ass ».

56. Papagayo

Quand il s'agit d'aider son pote Obama, Shawn Carter dépense sans compter. En septembre 2012, lors d’un gala de levée de fonds pour la campagne du président, le mari de Beyoncé claque 105 000 dollars pour mettre à disposition de ses invités une immense fontaine de champagne. Et la musique de Star Wars ?

57. Picsou

En 2012, Jay-Z aurait gagné la bagatelle de 63 millions de dollars. Le hic, c’est que, cette année-là, le rappeur n’aurait reversé que six mille dollars à des œuvres de charité, s’attirant ainsi les foudres d’une partie de l’opinion publique américaine. L’acteur Harry Belafonte, militant de la lutte pour les droits civiques, tira alors le premier dans le Hollywood Reporter : « Jay-Z a tourné le dos à ses responsabilités sociales. » À quand les fontaines de champagne au pied des Marcy Houses ?

58. Éternelles casseroles

Jay-Z a beau être devenu un des artistes les plus respectés du monde, pour la police de Miami, il reste un ancien délinquant. En 2010, pour illustrer une campagne de prévention antigang, cette dernière utilise ainsi deux photos du rappeur pour illustrer la phrase « Dénoncez toute activité de gang »

59. Watch the throne

Après son faux départ à la retraite de 2005, Jay-Z dévale la pente. Artistiquement, il est à la ramasse. De fait, les prétendants au trône reniflent cet affaiblissement à des kilomètres et vont rapidement en profiter pour s’embarquer dans une tentative de régicide. Le plus vaillant dans le genre : Dwayne Carter alias Lil’Wayne. « I’m the best rapper alive since the best rapper retired », rappe-t-il à l’époque. Les références à Jay-Z pleuvent dans les textes du jeune Néo-Orléanais, qui ira jusqu’à appeler ses albums The Carter pour insinuer que s’il porte le même patronyme qu’Hova, c’est bien un signe qu’il est son suc- cesseur. L’affaire aboutira à une collaboration entre les deux Carter en 2008. Vrai passage de flambeau ou démonstration que le ma- lin Jay-Z est toujours en position de rallier ses adversaires? Vu la métamorphose de Lil’Wayne en bête de foire, on tient peut-être un début de réponse. *« Je suis le meilleur rappeur en vie depuis que le meilleur rappeur a pris sa retraite »

60. Stalking

En 2007, une Américaine prénommée Katrina avoue épier la vie de « (son) Shawn » depuis plus de trois ans. Deux cents mails par jours à l'attention d'une employée du rappeur plus de trois cents coups de fil au bureau, des rumeurs sur les sites de ragots, la jeune femme est une sociopathe en puissance et clame: « Pour moi, je suis Beyoncé. ». Flippant.

61. Tranche de vie

Avant de devenir un des hommes les plus riches des États-Unis, Jay-Z a connu la violence des ruelles de Brooklyn. En 1982 – il a 12 ans – alors que son frère vient de lui piquer une bague, Jay sort son gun et lui tire dans l’épaule. «J’ai cru que ma vie était terminée, que j’irai en prison pour le restant de mes jours », raconte-t-il au Guardian en 2010. Heureusement, à l’époque, son frangin, complètement shooté au crack, ne porte pas plainte. Depuis ce jour, rongé par le culpabilité, Jay-Z a fait amende honorable dans la chanson «You must love me » (1997).

62. Rap cinématographique

Pour installer l’ambiance mafioso de Reasonable Doubt en 1996, Jay-Z ne s’inspire pas de Tony Montana, mais d’autres personnages gangsters qu’il pioche dans une filmographie bienplus classieuse. «Mannerisms of a Young Bobby DeNiro, spent Spanish wisdoms»; «Y’all niggas don’t want it, I got the Godfather flow». C’est d’abord avec la trilogie du Parrain de Coppola que Jay-Z construit son univers : attitude posée, décors luxueux tout en sobriété et respect pour la famille. Pêle-mêle, il va aussi puiser la texture de son personnage dans La FirmeNew Jack City ou encore South Central. Exemple le plus ultime de la cinéphilie pointilleuse de Jay-Z : la présence de la fameuse phase « Okay, I’m reloaded » du mythique Carlito’s Way (Avec Al Pacino) en introduction du titre Brooklyn's Finest en featuring avec Biggie (1996). Explications de Pain'n Da Ass, ami de Jay-Z et auteur de cet incipit resté célèbre : «Pour l'enregistrement, tout le monde était là, et il y avait beaucoup de guns dans la pièce. Les mecs voulaient plier la prise, mais je leur ai demandés de me laisser en faire une dernière.(...) Je suis arrivé devant le micro avec un gun déchargé dans les mains. J'étais comme un dingue. Et là, c’est sorti tout seul : “Okay, I’m reloaded ! You motherfuckers think you big time ? Fuckin’ with Jay-Z, you gon’ die, big time ! Here come the « Pain » !”**Ils sont devenus fous ; j’ai su que c’était la bonne ».*«À la manière d’un jeune Bob De Niro, [Désolé, malgré moult efforts, la rédaction de Snatch Magazine a été dans l’impossibilité de traduire cette rime. Nous n’excluons pas que Jay-Z ait pu confondre l’Espagne et l’Italie, ndlr] » ; « Ça vous fait chier, niggas, mais j’ai le flow du Parrain » **«Okay, je suis rechargé! Vous vous prenez pour des caïds, bande d’enculés? À chercher la merde avec Jay-Z, vous allez crever pour de bon ! « The Pain » arrive ! »

63. Chercheur d'or

Pendant toute sa carrière, Jay-Z a samplé à volonté les classiques soul des années 1970 et ses congénères du rap game. Mais Hova s’est aussi aventuré en terrain plus glissant. Au panthéon des boucles étranges entendues chez lui, on trouve pêle-mêle: les pionniers allemands de l’électro, Kraftwerk avec «It’s Alright», «Always Be My Sunshine» et «Under Pressure», Brigitte Bardot et son «Moi, je joue» pour le titre «Meiplé» avec Robin Thicke, et récemment les kitsch Vangelis sur le «100$ Dollars Bill» de la B.O. de Gatsby Le Magnifique.

64. Steve Jobs mouché

En 2007, alors qu’American Gangster, bande originale du film éponyme de Ridley Scott, vient de sortir sur iTunes, Hova pique une crise et demande le retrait du disque de la plateforme. La raison ? Apple vend les chansons à l’unité alors que Jigga estime que «l’album doit être écouté comme un tout », ajoutant : « Peut-on acheter un films séquence par séquence ? » Une complainte légitime.

65. Dieu de la rue

Dans la Bible, Jehovah est l’un des noms du Tout Puissant. Autoproclamé Dieu du rap, Jay-Z s’est, de fait, très vite attribué ce patronyme divin, devenu Jay-Hovah sous sa plume dès 1997 et le titre « One million and one questions » :« They call me Jay-Hovah ‘cause the flow is religious». Pour varier les plaisirs, il a aussi récupéré le terme Jigga – un Black qui a la classe, qui porte beau- coup de bijoux et de fringues onéreuses – dérivé du très éculé « nigga ». *«On m’appelle Jay-Hovah parce que mon flow est divin»

66. Regret ultime

En 2005, Jay-Z perd l’un de ses quatre neveux dans un accident de voiture. Triste ironie du sort, Colleek, qu’il considérait comme son propre fils, se plante au volant de la voiture de luxe qu'il vient de lui offrir pour ses 18 ans. L’évènement touche profondément Jay-Z qui se retire un temps avant de revenir avec l’album Kingdom Come en 2006 et la chanson « Lost One » aux paroles lourdes de sens : « My nephew died in the car I bought / So I’m under the belief it’s partly my fault » *« Mon neveu est mort dans un voiture que je lui ai offerte / Tout ça est en partie de ma faute » 

67. Passe-muraille

Il y a une dizaine d’années, Jay-Z a réussi à sortir son cousin de prison. À l’époque, Emory Jones vient d’être condamné à une peine de seize ans de réclusion criminelle pour trafic de cocaïne. Shawn Carter se fend alors d’une petite lettre de recommandation au juge en charge du dossier, garantissant un emploi à son cousin en cas de liberté conditionnelle. Quelques mois plus tard, Emory Jones retrouve l’air libre et découvre son nouveau job chez Roc Apparel, filiale de Roc-A-Fella, avec un salaire annuel de 50 000 dollars.

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par Marc-Antoine Simoni, Yassine Badday, Louise Chen, Simon Clair, Pierre Labrunie, Mehdi Maizi, Massaer Ndiaye, Nicolas Pellion, Dimitri Demont et Maxime Vatteblé. Dossier coordonné par Raphaël Malkin.