1. Untitled Chapter

La sélection officielle de Cannes 2014 vue par Morsay

Par Arthur Cios et Anaïs Chatellier - Photos : Vincent Desailly & DR

La sélection officielle de Cannes 2014 vue par Morsay
Par Arthur Cios et Anaïs Chatellier - Photos : Vincent Desailly & DR

Le truand de la galère le plus connu des puces parisiennes est un grand touche-à-tout. S'il est surtout connu pour sa marque de fringues, son rap pour le moins singulier, ses vidéos tranchantes et sa propension à se greffer à toutes les histoires du monde, on oublie trop souvent que Morsay est également cinéaste. Le bonhomme finit ces jours-ci d'écrire le scénario de son deuxième film. C'est donc tout naturellement que nous lui avons demandé de commenter une partie de la sélection officielle du Festival de Cannes 2014.

Saint Laurent de Bertrand Bonello avec Gaspard Ulliel, Jérémie Renier et Léa Seydoux.

Deuxième biopic de l’année pour YSL. Sauf que cette fois, le film se concentre uniquement sur la période 1965-1976 du célèbre couturier. Une grosse décennie au cours de laquelle Saint-Laurent connaît un succès professionnel croissant en parallèle d’une vie privée assez chaotique.

Saint Laurent

Saint Laurent

L’avis de Morsay :

Pierre Bergé ne voulait pas ce film, ça se fait pas. Le mec-là, il fait un film sur un mort qu’il ne connaît pas, c’est pas cool. C’est de l’abus d’argent, c’est juste pour se faire de la caillasse. Et puis, Gaspard Ulliel, il ne ressemble pas à Saint Laurent. On dirait un footballeur.


Sommeil d’hiver de Nuri Bilge Ceylan, avec Haluk Bilginer, Melisa Sözen et Demet Akbağ.

En Anatolie centrale, Aydin, un ancien comédien, tient un hôtel perdu au milieu de nulle part avec sa femme et sa sœur. La neige se met à tomber et des rancœurs viennent assombrir la petite vie du trio. Aydin décide alors de prendre ses distances.

New Video

L’avis de Morsay :

Pourri. Même si tu me payes, je ne vais pas le voir. Déjà, en Turquie, y a pas de neige. C’est du n’importe quoi. Et puis, le film, il dure trois heures quinze... Moi, j’ai fait un film qui dure une heure trente, j’ai fait chier tout le monde... Et l’autre, il rajoute presque deux heures de plus ? C’est pas Titanic, son bateau il ne va pas couler. Titanic, trois heures, tu peux. Ce film, je n’aimais pas au départ, mais après, j’ai regardé et je me suis dit qu'ils étaient forts les mecs. D'habitude, c’est pas mon truc les films de « lover », mais là, j’ai bien aimé. Et tu sais pourquoi ? Parce que le mec de Titanic, il crève en dessous de l’eau. C’était hardcore et c'était bien.


Adieu au langage de Jean-Luc Godard, avec Heloïse Godet, Zoé Bruneau et Kamel Abdelli

Tourné entièrement en 3D, un film qui raconte l’histoire d’une femme mariée et d’un homme libre. Les deux tombent amoureux, puis se séparent.

Adieu au langage

Adieu au langage

L’avis de Morsay :

Ils se fatiguent pas ces mecs. Ils sont déconnectés, trop de drogues. Pourquoi il a ramené sa caméra déjà le réalisateur ? Il dure qu’une heure dix le film ? Dans ce cas-là, je préfère regarder un dessin animé, Aladin ou Blanche-Neige et ses sept nains. Là, au moins y a de la couleur, une histoire, c’est marrant. Godard, il se croit tellement fort qu’il continue, alors que t’as des nouveaux qui arrivent et qui défoncent tout. À un moment, faut s’arrêter. C’est comme IAM, les mecs ils sont déconnectés de la réalité, ils sont même plus dans les cités de Marseille.


Mommy de Xavier Dolan, avec Anne Dorval, Antoine-Olivier Pilon et Suzanne Clément

Après plusieurs années passées dans diverses institutions, un enfant considéré comme difficile retourne chez sa mère.

Mommy

Mommy

L’avis de Morsay :

Ça peut être bien pour les mamans qui sont seules, qui ont du mal à gérer leurs gosses. Après, pour un mec comme moi, on s’en fout. Une fois, je me suis retrouvé à aider une dame qui avait perdu ses deux enfants. Elle est venue me voir alors que, moi, je suis rappeur et que j’y connais rien, je sais même pas remplir ma feuille d’imposition.


Deux jours, une nuit de Jean-Pierre et Luc Dardenne, avec Marion Cotillard

Un patron propose à ses employés une prime de mille euros, impliquant le renvoi de Sandra, une de leurs collègues. Cette dernière va tout faire le temps d’un week-end pour inciter ces derniers à refuser, afin de sauver son emploi.

L’avis de Morsay :

La roue, elle tourne. Si ça se trouve, tu vas prendre les mille euros, tu vas acheter un sandwich et tu vas t’étouffer avec. Eh oui mon frérot. Un collègue de travail, faut toujours le respecter parce que c’est comme un couple. Mais bon, mille euros. Et puis les deux réalisateurs, ils ont déjà eu deux palmes... Ils ont donné un billet, c’est sûr. Bah vas-y, moi, je vais faire un film sur un mec qui a perdu sa chaussette, il la cherche dans la rue et j’ai une palme d’or direct.


The Search de Michel Hazanavicius, avec Bérénice Bejo et Annette Bening

Alors que le conflit en Tchétchénie bat son plein en 1999, une infirmière volontaire d’une ONG recueille un enfant et décide de le sauver. Son histoire va croiser celui d'un soldat russe.

L’avis de Morsay :

Franchement, zéro, ça m’énerve. Est-ce qu’il sait la souffrance des Tchétchènes, le type ? Les mecs, ils sont encore en guerre et lui, il fait un film dessus. Faites un film sur la guerre d’Algérie ou l’Allemagne, mais pas sur une guerre qui n’est pas finie. Les Tchétchènes, ils tuent des enfants, des femmes. Les mecs, c’est pas des rigolos. Ils n’ont pas de soupes, ils mangent de l’herbe, comme ça. Quand y a un copain qui meurt, ils font une prière, ils le découpent, ils le mangent. Tu vois, Pearl Harbor, c’est un bon film de guerre parce qu’il a réussi à mélanger la guerre, l’amour, et puis c’est une histoire passée, ils ont calmé l’affaire.


Maps to the stars de David Cronenberg, avec John Cusack, Julianne Moore, et Robert Pattinson

La famille Weiss et les électrons qui gravitent autour sont l’incarnation d’Hollywood dans ce qu’il a de plus cynique. Le père écrit des livres d’autogestion, la mère incite leur jeune fils de 13 ans, fraîchement sorti de cure de désintoxication, à reprendre sa carrière d’acteur, une des clientes du père est une actrice qui fait tout pour avoir le rôle qui a rendu célèbre sa mère. Au milieu de tous ces gens, Agatha, l’aînée terrible.

L’avis de Morsay :

C’est un bon film je pense mais dans la vie, il n’y a pas beaucoup de riches, donc il n’y a pas grand monde qui va accrocher. Aujourd’hui, les gens aiment bien regarder des films où ils se voient un peu. Si tu fais un film trop riche, c’est bien ça fait rêver mais ça va pas être super intéressant. Après, Robert Pattinson, il est très fort, très très fort. C’est quelqu’un qui a un niveau, un vrai niveau. Même Twilight c’est bien alors que j’aime pas trop les films de vampires. Lui, il est vraiment bon, il y a rien à dire, c’est la crème du cinéma.


Mr. Turner de Mike Leigh, avec Timothy Spall, Lesley Manville et Roger Ashton-Griffiths

Le biopic de J.M.W. Turner, un peintre romantique britannique du XVIIIe siècle principalement connu pour ses aquarelles de paysages.

L’avis de Morsay :

Tu sais, un film, c’est une histoire. Un peintre, il a une histoire mais ce qu’on aime c’est ses tableaux. Un peintre, sérieux ? Tu vois, un keuf corrompu, un PD qui tire sur tout le monde, une meuf qui arnaque les mecs, un grand braquage, ça, tu vas regarder, tu veux savoir comment ils ont fait. Un peintre, il y en a des millions. À la limite, je préfèrerais un film sur Van Gogh, il était fou lui au moins, il entendait des voix. On peut faire un film d’horreur sur ça : le mec, il entend des voix, il dessine la femme du roi Louis XVI, et elle passe derrière, elle lui chuchote un truc à l’oreille. Il se retourne, clac, il voit un chat noir. Il dort, et le matin, il se réveille et il y a une tombe qui s’est rajoutée. Tu vois, ça, ça peut le faire.


Deux fenêtres de Naomi Kawase, avec Makiko Watanabe, Hideo Sakaki et Jun Murakami

L’exploration « du cycle de la vie, de la mort, et de la reproduction » à travers l'histoire de deux gamins, Ten et son amie Kyoko.

L’avis de Morsay :

Qui va regarder ça ? Je vais faire un film moi, je vais l’appeler Carreaux ou Table ou je sais pas quoi... Les Japonais auraient dû faire un film sur la contrefaçon.


Sils Maria d’Oliver Assayas avec Juliette Binoche, Kristen Stewart et Chloë Grace Moretz

Maria Enders est une actrice connue, et reconnue. Alors à l’apogée de sa carrière, on lui propose de rejouer la pièce qui l’a rendue célèbre vingt ans auparavant, en incarnant cette fois l’autre personnage, celui de la femme mûre qui se suicide par amour.

Sils Maria

Sils Maria

L’avis de Morsay :

C’est dommage qu’elle refasse la même pièce, parce qu’on avance dans la vie. Et si on reste en arrière, on n’avance jamais. Tu peux rester comme avant, tu peux faire un peu des trucs à l’ancienne, mais pas refaire LE truc à l’ancienne. Elle a fait son truc, ça a cartonné, maintenant, faut qu’elle montre un nouveau truc. Moi je suis pour évoluer. Donc c’est bien mais elle aurait dû jouer autre chose, genre lui donner un bête de rôle. Le problème en France, c’est qu’on aime bien faire des films à table où il se passe rien : « Jean-Jacques il est au resto avec Mickael, ils sortent dans la rue, et là, y a le facteur… » Mais cassez des tables, faites du bordel, montrez la vraie vie ! Tu regardes les films américains ils passent deux minutes au café.


Foxcatcher de Benett Miller, avec Channing Tatum, Mark Ruffalo et Steve Carell

À l’approche des Jeux Olympiques de Séoul, les frères Schultz, champions en titre de lutte, se font renvoyer de leur club. Débarque alors un certain John du Pont, philanthrope en apparence, qui les aidera à retrouver les tapis et les salles d’entraînement.

L’avis de Morsay :

Le foot, ça cartonne, mais pourquoi la lutte ? Tu connais un lutteur connu toi ? Moi non. Personne n’en connaît. Alors que des footballeurs, tous les mecs en connaissent. Ils sont bêtes de ne pas faire un truc sur le foot. Après les meufs, elles n’aiment pas trop le foot. Mais bon, personne n’aime la lutte, donc c’est pas malin.


Captives de Atom Egoyan avec Ryan Reynolds, Scott Speedman et Rosario Dawson

Huit ans après la disparition de Cassandra, de nouveaux indices laissent entendre que la jeune fille est encore en vie. Les parents et la police se lancent dans une tentative de retrouver l’enfant.

L’avis de Morsay :

Huit ans après ? C’est abusé. Est-ce qu’ils vont reconnaître leur fille s’ils l’ont pas vu pendant huit ans déjà ? Ils auraient dû dire deux ou trois ans pas plus. Là, ils auraient été beaucoup plus déterminés tu vois, ils auraient cassé des portes, ils seraient allés chez des gens qui n’ont rien à voir, fusil à pompe à la main, ça aurait été trop bien ça. La grosse bourgeoise, hyper classe, qui pète un plomb, sort la kalash et a les yeux rouges tout gonflés « ELLE EST OÙ MA FILLE ? », ça, ça peut être drôle tu vois. Non mais j’aime bien le suspense, j’aime bien quand les mecs nous baladent, qu’on ne sait pas ce qu’il va se passer. Maintenant que j’ai fait un film, j’en ai vu trop pour ne pas faire n’importe quoi, donc je sais quand je commence un film, qui va mourir, et tout. Parfois, je suis à la maison avec ma chérie, elle regarde un film et je pars parce que je sais déjà tout. « Lui, c’est le copain d’elle, elle est avec un autre mec, il va le tuer. » À la fin, elle me dit toujours : « Oh mon chéri, comment t’as deviné ? » On voit direct, on sait direct qui va gagner. Ils font tous pareil.

Par : Arthur Cios & Anaïs Chatellier

Portrait par Vincent Desailly

Photos : DR