Le portfolio de la semaine : "Snapshots" par Paul Arnaud

Propos recueillis par Inès Belgacem

Le portfolio de la semaine : "Snapshots" par Paul Arnaud
Propos recueillis par Inès Belgacem

Paul Arnaud est ce genre de personnes qui " aime travailler sur le vif ". Ce sont ces instants qu'il retranscrit dans ses photos. Le beau, le moche, il s'en contrefiche. Lui veut mettre en valeur des scènes, des personnages, mais d'une manière pas forcement consensuelle. Un regard décalé et une patte qu'il espère visible dans son travail. Le photographe collabore avec divers magazines, dont Snatch. Il expose jusqu'au 31 août à la Galerie Datta, dans le cadre de l'exposition Snatch à Lyon, au côté de Vincent Desailly et Victoire Thierrée.

L'occasion pour Paul Arnaud de présenter une série de « Snapshots ». 

L'an dernier à la même période, nous exposions déjà à Lyon avec Vincent. Cette année, j'ai réuni pour cette exposition quelques photos réalisées lors de divers promenades à Paris comme ailleurs. Toutes les photos sont faites en 35 millimètres, avec la même approche, la même démarche : capturer des moments spontanés, ces petits dérapages qui peuplent notre quotidien et que l'on finit par ne plus remarquer de par leur aspect routinier. 

J'aime les moments un peu cash, faire le pas de côté nécessaire pour aller photographier le truc que le photographe amateur n'irait jamais prendre. Parce qu'on a toujours envie d'aller photographier le beau tel qu'il est socialement perçu. On nous enseigne depuis qu'on est tout petit ce qui est beau ou non. Personnellement, je pense qu'on peut trouver une certaine grâce dans des instants ordinaires, voire un peu trashs. Si mes photos sont souvent décalées, j'essaye toutefois de garder un regard tendre. Souvent, les gens qui apprécient mon travail n'aiment pas quand je les prends en photo, car je ne les mets pas en valeur d'une manière consensuelle. 

C'est la puissance de cette femme qui m'a intéressé. Elle a des traits très durs et elle prend conscience que je la prends en photo juste au moment où je déclenche. Elle a ce regard en coin un peu sévère. Quand je prends ce genre de photo, je suis à quarante centimètres du visage de la personne.  Ça vraiment un côté oppressif et agressif. Et c'est tellement proche que les gens pensent parfois que je photographie quelque chose d'autre, de plus lointain. En général, s'il y a ce doute, je le laisse planer et je déguerpis... 

C'est un copain. On était partis ensemble en Suisse pour le travail. Il était dans son bain moussant, c'était assez étrange. Il n'avait pas eu la pudeur de fermer la porte parce qu'il avait le sentiment d'être protégé par la mousse. Et du coup je lui ai demandé de s'y enfoncer un peu plus. Voilà ce que ça a donné.

C'était lors d'une fête chez des amis. Comme toujours lors des soirées dans de petits appartements, tu retrouves la moitié des gens dans la cuisine et l'autre dans la salle de bain. 

C'était encore à Shanghai. J'aimais bien ce qui se passait entre le chien qui me regardait et l'autre. C'est une race de chien assez répandue en Chine. En plus il y a cet autocollant qui vient redonner un peu de dynamisme à la composition.    

Ces deux jeunes sont dans une petite Citroën, de nuit, et au final on ne sait pas trop où ils se trouvent. J'étais en reportage pour Snatch dans la banlieue de Limoges, dans une teuf organisée par l'équipe de Jacquie et Michel. On n'était pas dans une boite de nuit orientée X, mais ce soir là il y avait un spectacle assez dénudé, quoique très soft. Ce qui s'est trouvé être suffisant pour attirer tous les jeunes ados pré-pubères de la région.  On est sur le parking et ces deux garçons s'étaient faits tout beaux pour y aller. Ils étaient coiffés, sentaient bon l'after-shave. Je leur ai demandé si je pouvais les prendre en photo dans la voiture. Ils ont ensuite adopté cette pause un peu absente, le regard au loin. J'ai trouvé que c'était magique. Il faisait nuit, je ne savait pas trop ce que je photographiais. Au moment où il y a eu le coup de flash, je les ai vus. Et je me suis dit que cette photo allait être géniale. 

Ceci entre dans les séries de photos que je réalise lors de mes promenades. C'était un jour de pluie, Avenue des Gobelins. Je sortais mon chien et j'avais mon boitier sur moi. Au loin, je vois cet homme qui arrive d'en face. Il ressemblait comme deux gouttes d'eau à Albert Einstein. Je crois que j'ai lâché le chien pour courir vers lui et vraiment être à quarante centimètres de son visage. Il y a le petit effet de surprise qui doit se voir.

J'ai profité du fait qu'il regardait avec des jumelles pour m'approcher au plus près de son visage. Comme il regardait au dessus de ma tête il ne me voyait pas. Je pouvais presque sentir son haleine quand j'ai pris la photo.

Sorti du contexte, c'est assez étonnant. Je trouve le masque de ce garçon assez expressif. Il y avait un carnaval de prévu ce jour-là. J'ai rôdé un peu en amont dans le quartier où se déroulait l'événement. J'ai croisé des gens déguisés dans des contextes où on ne percevait pas du tout l'esprit festif. 

On retrouve souvent des rideaux de douche comme ceux-là dans des salles de bains mal aérées qui commencent à moisir. J'étais chez des amis, et j'ai juste vu les doigts de pieds dépasser de ce rideau sale. 

Ils pensaient que je les prenais en photo. En fait j'ai cadré un peu en dessous ... 

Ces deux dandys étaient devant moi et j'ai littérallement sauté sur la voiture pour les photographier. 

Pour moi, c'est un instant unique, avec les deux petits papis, leurs lunettes de soleil et leur glace. C'était à Chantilly, au prix du Jockey Club. J'aime le contraste entre l'âge des personnes et leur attitude assez enfantine. On se retrouve tous un peu dans cette image, c'est le moment où on savoure notre glace, replié sur soi. Et là je les ai surpris à deux. J'ai couru pour les prendre en photo. La femme a juste eu le temps de relever la tête quand elle m'a vu arriver. 

Photos par Paul Arnaud. A retrouver à la Galerie Datta pour l'Exposition Snatch à Lyon, jusqu'au 31 août.

Propos recueillis par Inès Belgacem